Juste et démocratique, votre société écologique ? 

Nous luttons pour « l’écologie et l’égalité » qu’ils disent, pour l’écologie et la justice sociale, et aussi la démocratie. Pour tout et son contraire ? Je viens de comprendre qu’on parle de tout autre chose : La société ne peut devenir écologique que si elle est juste, et à l’écoute.

Cette soirée du 7 avril organisée par le Forum Vies Mobiles m’a fait comprendre un gros morceau. Je croyais que son titre1 voulait dire « Peut-on à la fois être juste et écologique ?« , ou même vouloir tout et son contraire, le « pouvoir d’achat » et la sobriété. Vouloir encore ce qu’on n’avait pas obtenu en 150 ans de luttes et ce que l’on doit vouloir maintenant, la stabilisation du climat (qui en découle) ? Je pensais que cette défense -aveugle- des acquis sociaux allait nous mener à notre perte. 

  • La société ne peut devenir écologique que si elle est juste
  • Là-haut ils ignorent comment on vit en vrai
  • C’est tellement compliqué qu’il faut un plan strict et concerté
  • Le climat doit être la mesure de tout

La société ne peut devenir écologique que si elle est juste et démocratique

En réalité il s’agit de tout autre chose. Grâce à deux invitées passionnantes, la sociologue Dominique Méda et à la directrice de Oxfam France Cécile Duflot2 j’ai compris qu’il s’agissait de ce que j’avais bien vu par ailleurs…  à savoir que la nouvelle façon de vivre ne pouvait advenir que si elle recueillait l’assentiment de tous. Donc qu’on ne s’en sortirait que si chacun y trouvait son compte, se trouvait en communauté, sans avoir sous le nez certains privilégiés qui s’affranchissent des règles communes. 

Et là c’est plutôt l’Etat qui a tout faux, avec par exemple ses taxes sur l’essence qui pèsent plus sur les pauvres que sur les riches (pour lesquels ce n’est qu’une goutte d’eau) … ou, j’ajoute, ces futures zones à basses émissions qui feraient mieux d’être des zones à faible circulation si l’on veut que riches et pauvres soient égaux face à cette règle. Si on ne s’occupe pas de justice et d’égalité, ça ne marchera pas car il y aura défiance et révolte. 

Dans une zone à faible émission seules les voitures neuves et chères, et très grosses, seront autorisées. 
Dans une zone à faible trafic, ça aurait l’air moins écologique, mais il n’y aurait pas discrimination contre ceux qui n’ont qu’une vieille voiture thermique qui souvent roule peu, ou qui permet d’embaucher à pas d’heure. Riches et pauvres, puissants et impuissants seront égaux devant la contrainte.

Au total ce soir on a beaucoup parlé de démocratie, pour dire que la démocratie élective ne suffisait pas, quels que soient les objectifs. Tout le monde doit participer au mouvement, et y trouver avantage.

Là-haut ils ignorent comment on voit les choses, comment on vit en vrai

La Convention citoyenne pour le climat comme le Forum Citoyen de  Vies Mobiles sont des exemples de ce qu’il faut faire en plus de la démocratie par délégation, en changeant les porte-paroles habituels. Jeter à la poubelle les conclusions de la Convention citoyenne, c’était méprisant et irresponsable, d’autant que les excellentes mesures proposées auraient pu faire consensus. 

Le forum citoyen a fait découvrir des choses insoupçonnées à Paris, que les gens aspiraient à l’immobilité, à aller moins loin et pas si souvent, et surtout à ne pas continuer à courir en tous sens. Subventionner ce qui permet d’aller loin et souvent, l’essence pour tous, est donc tout le contraire de ce qu’il faut faire. C’est une mesure contraire à l’objectif, qu’il soit calmer le jeu ou cesser d’alimenter le dérèglement climatique. Ce qu’il faut faire c’est organiser la proximité. Et en attendant il serait bon de ne pas charger ceux qui passent leur temps à bouger à cause de leur travail, ils en ont déjà bien assez comme ça.

Parler de sobriété n’est pas juste non plus. Cette sobriété doit être celle des riches, pas celle des pauvres, qui de toutes façons sont déjà sobres. 

C’est tellement compliqué qu’il faut un plan strict et concerté

Pas besoin de faire un dessin, les choses sont compliquées. Passer, dans les entreprises, des seuls et uniques indicateurs financiers à des indicateurs liés aux émissions atmosphériques, à l’utilité réelle, au plaisir de travailler … est possible, a expliqué encore Cécile Duflot. Il faut « changer de logiciel », de cosmogonie, a-t-elle dit. C’est affaire de décision. 

Plus on est riche plus on pollue, et diminuer la rentabilité des participations dans les entreprises ne ruinera pas ceux qui les possèdent, principalement les 3 grosses entreprises les plus polluantes, dans la grande distribution, le transport maritime et l’agro-alimentaire. 

Baisser d’un degré la température des logements (en moyenne à 21° nous a-t-on dit) suffirait pour se passer du gaz russe (même résultats en portant des chaussettes bien chaudes, ai-je pensé en mon fors intérieur) et sans doute éviterait de rénover de force les logements. 

Changer nos mobilités, pareil, on ne peut pas tout bouleverser soudainement, par fidélité à des principes, mais on peut faire l’effort de se souvenir qu’en un siècle on est passé de 4 km par jour à 60 km … pour presqu’aucun avantage et beaucoup d’inconvénients. L’aspiration à la mobilité est un concept à nuancer, comme le montre inlassablement le Forum Vies mobiles. Les décisions doivent faire consensus, chacun doit y trouver son compte.

Pour Cécile Duflot l’action publique doit reposer sur un trépied, fiscalité, investissement et règle. Elle a souligné aussi le devoir de cohérence et regretté que le parlement ait vidé de sa substance la loi d’orientation des mobilités (je me souviens de la « discussion » de la loi où Elisabeth Borne était omni-présente, donnait son avis sur tout… et était suivie) transformant notre président en empereur. 

Finalement elle insiste sur la nécessité de bâtir une planification stricte et concertée, très détaillée, centrée sur l’emploi car le plus difficile va être de faire passer plein de personnes à de nouveaux métiers. C’est tout à fait possible, mais il faut s’organiser tous et très sérieusement. Le Shift project ne dit pas autre chose.

Le climat doit être la mesure de tout

Lors de cette soirée j’ai aussi mesuré à quel point j’avais survolé des aspects essentiels de l’actualité, oublié les grands problèmes environnementaux, pas suivi les débats et conventions… tout ça parce que mon blog est centré sur le vélo. Je retiens quand même une dernière remarque des oratrices : aucun candidat, pendant la campagne pour le premier tour, n’a parlé du climat … alors que tout devrait l’avoir comme base absolue. L’avenir nous le fera payer, et il n’y a pas que le vélo ! 


Forum Vies mobiles

  1. Juste et démocratique, la société écologique ?, conférence du 7 avril 2022.
  2. Cécile Duflot fut chèfe d’entreprise, secrétaire nationale des Verts, ministre du logement …
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11 réflexions au sujet de “Juste et démocratique, votre société écologique ? ”

  1. Voir Le Monde du 20 avril : « Les partis politiques sont devenus des agences parapubliques sourdes aux besoins des citoyens » Piero Ignazi, professeur italien de sciences politiques, explique la crise traversée par les partis traditionnels français, qui ne peuvent plus compter que sur leur forte implantation locale et sur l’aide de l’Etat.

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  2. Je suis très content d’avoir lu ce texte. Un peu de jugeote ça ne fait pas de mal.
    C’est le rôle des politiciens de rendre acceptable des mesures contraignantes qui sont dans l’intérêt général. [1]
    Effectivement beaucoup de mesures n’intègrent pas l’idée de justice alors que c’est inscrit dans notre constitution !
    Quand à l’isolation thermique il faut la refuser. Ça fait longtemps que j’ai opté pour une régulation horaire multi-zone [2] de la température de chaque pièce de l’appartement [3] combinée avec le fait d’être habillé avec des vêtements d’hiver quand on est chez soi. C’est moins cher d’isoler le bonhomme que la maison.
    [1] Au lieu de taxe et de tous ces chèques et autres primes il est temps de passer à l’impots positif
    [2] C’est tellement moins cher, par exemple pour 5 radiateurs électriques 250-300 €
    [3] Attention pour une salle de bain, une personne malade, une vieille personne, c’est plutôt 24 °C, 24 °C et 22 °C.
    18 °C même avec des vêtements d’hiver vous avez froid si vous êtes immobile chez vous ou au bureau. Il faut plutôt 20 °C, expérience faite.

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  3. Le renouvellement politique est une nécessité [1]. Il passe par l’institution, à côté de l’Assemblée Nationale, d’une autre assemblée représentative non élue, comme en Islande ou Irlande avec des capacité législatives.
    Ces assemblées citoyennes ont beaucoup plus d’allant que les partis (démagogie, électoralisme). On l’a vu en Irlande où l’assemblée citoyenne a voté pour le droit à l’avortement alors que les partis étaient hésitants et conservateurs. On l’a vu en France avec les mesures préconisées par l’assemblée citoyenne sur le climat.
    [1] il y a une désaffection importante et progressive des citoyens vis à vis de leurs élus.

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  4. Ce billet suscite la réflexion. Tant mieux! En militant du vélo on ne peut effectivement que s’interroger sur la direction que pourraient prendre nos préconisations de mobilités douces à l’avenir si d’habiles décideurs concluent que;
    1 / l’usage du vélo obéit à nouveau à l’échelle sociale comme après-guerre (le vélo pour celui qui n’aura pas les moyens de s’acheter la voiture électrique)
    2 / la permission de polluer reviendrait d’abord à celui qui a encore les moyens de garder sa vieille bagnole et de payer une énergie chère et devenue rare tout en l’excluant des zones à faible émission de polluants.
    On est donc bien en face d’un risque de justice sélective en fonction de ses revenus.

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