Train + vélo, toujours aussi malmené

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par | Fév 26, 2024 | Cyclotourisme | 8 commentaires

Alors que le consensus se fait enfin sur le caractère indispensable du vélo dans la réforme des mobilités, et tout particulièrement en association avec les trains (voir le récent Loi SERM, et après ? Première rencontre d’Objectif RER métropolitains, ou 32 pages sur le tourisme à vélo … ), la SNCF continue, à saboter, détériorer, décourager… les possibilités d’emporter son vélo dans le train.

La nouveauté de l’an dernier c’était la réservation dans les TER, à chaque région ses modalité.

▶️ Voir Croquignolettes aventures en train + vélo en France, été 2023.

Celle de cette année ça va être la taille limite des bagages, et la réinvention de l’expédition. Depuis 15 février on doit porter ses bagages soi-même et en une seule fois, ce qui est une façon détournée d’en limiter taille et nombre : pas plus de deux valises plus un sac à main ou à dos de 40 cm de haut maximum, voir le site officiel.

Et pour ce qui est du dialogue entre cyclistes et SNCF, il se réduit désormais au représentant des cyclistes du quotidien, le président de la Fub, ceux qui représentaient les touristes à vélo1le collectif Mon vélo dans le train en ayant été éjectés. Vous comprenez pourquoi ? Tout simplement parce que c’est là que se joue l’enjeu du transport des vélos dans les trains, que le système ferroviaire y a un rôle central qu’il ne veut pas jouer, et que sans cela il n’y aura ni première place de la France parmi les nations du vélo-tourisme, ni abandon massif de l’auto pour les vacances.

TDIE (cercle de réflexion) en prenait acte en janvier dernier en organisant une rencontre sur le sujet, avec la Fub pour représentant des voyageurs à vélo ( ! ), la FNAUT pour les voyageurs tout court et Vélo&Territoires pour le monde politique. Ils ont parlé de … stationnement en gare. La rencontre portait le nom de De l’intermodalité à la complémentarité vélo-transports collectifs … et on y parla de gérer la pénurie, le vélo étant devenu un véritable repoussoir, selon l’expression d’un membre du public.

Vaillamment l’association CyclotransEurope ne se laisse pas virer comme ça, et maintient son engagement pour le transport des vélos dans les trains.

A l’occasion de la publication de son douzième guide Voyager en train avec son vélo (voir en bas) elle explique ce qui se passe.


L’introduction de la réservation dans les TER du fait du manque de capacités des lignes ferroviaires et des rames a introduit une grande complexité. Alors que l’accès était libre jusqu’à 2022, chaque région a mis en place ses règles propres, ce qui crée une grande confusion, notamment quand le train traverse deux régions. En plus, les réservations ne sont possibles que sur leurs sites TER (sauf pour la Normandie). La réservation obligatoire dans des trains régionaux est unique en Europe. C’est un pis-aller pour faire face à l’augmentation du trafic qui est une bonne nouvelle. Mais elle est un enfer pour les voyageurs, avec et sans vélo, faute d’investissement suffisant pour accroître le nombre de trains. Ce ne sont pas les vélos qui sont trop nombreux mais les trains qui sont insuffisants. Le développement des RER dans les grandes métropoles est urgent avec des trains cadencés qui traversent les gares centrales, offrant un service de 5 h à minuit tous les jours2C’est l’objet des SERM.

*

Dans la foulée de la LOM -Loi d’Orientation des Mobilités- qui accordait le droit à l’emport des vélos dans les trains, la SNCF avait adopté une politique plus favorable aux cyclistes en renouant la concertation avec le Collectif Mon vélo dans le train qui réunit des fédérations et associations de promotion du vélo (dont CycloTransEurope), de transports collectifs et de défense de l’environnement. Des avancées pratiques ont été réalisées : les nouveaux TGV en commande disposeront de 6 à 8 places pour les vélos ; les logos vélos sur les trains ont été agrandis ; les places vélos dans les TGV sont mieux signalées et défendues contre les bagages, etc. Des ateliers avaient été mis en place (information/réservation, vélos dans les gares, dans les trains) pour confronter les points de vue et trouver des solutions.

*

Mais depuis un an, la SNCF-Voyageurs a rompu sans avertissement toute concertation avec le collectif et a renié toutes ses promesses de travail en commun. De nouveau les conditions de transport des vélos se dégradent, notamment lors des jours de pointe, de plus en plus nombreux, où les réservations des places vélos dans les TGV sont suspendues. L’encombrement des TGV a pour cause un afflux de voyageurs et l’aveuglement sidérant de la SNCF qui a ferraillé plus de 100 rames en bon état. Elle fait payer aux cyclistes ses errements stratégiques. Le grand week-end prévu par CycloTransEurope à l’Ascension est menacé par l’absence de possibilités d’y venir en train avec un vélo. Les nouveaux trains de nuit (Paris-Aurillac, Paris-Berlin) sont interdits aux vélos. Malgré ses promesses, la SNCF n’a toujours pas ouvert les TGV Paris-Marseille-Nice aux vélos.

*

La combinaison du train et du vélo n’est pas une lubie mais une nécessité pour offrir une alternative à la voiture et à l’avion. Le vélo n’est pas un problème mais une solution efficace et peu coûteuse pour lutter pour le climat, réduire les pollutions, faciliter la vie quotidienne et les grands voyages. Nous défendrons vigoureusement le droit de voyager en train avec un vélo.

Avec ce guide, CycloTransEurope poursuit son action pour promouvoir et faciliter les voyages à vélo. Profitez-en !

Dernières nouvelles, en Italie ce n’est pas sûr que ce soit mieux. Au moins un pays qui ne nous ravira pas la place convoitée de première destination mondiale pour le vélotourisme ! Si vous voulez aller à la neige (…) prenez donc le TrainItalia … Dans le train vous pouvez vous occuper de louer votre matériel en cliquant sur le lien ALPINRESORTS.com depuis le site internet Trenitalia. En août dernier ils annonçaient qu’ils allaient transporter les vélos. Plus de nouvelles… (cf. Croquignolettes aventures en train + vélo)

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Vince
1 mois

Je suis un usager quotidien du TER+ vélo en région Occitanie sur un tronçon de plus en plus utilisé par les vélotafeurs (comme moi) et les cyclo voyageurs (comme moi aussi).
Bien entendu, la SNCF doit s’améliorer. Néanmoins, si on reste de bonne foi, la réalité est que les cyclistes comme les autres usagers ont un comportement exclusivement centré sur leur intérêt et ne veulent pas voir la réalité qui les dérange : nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir combiner train + vélo en même temps. Certes, je suis le premier à dire qu’il faut plus de matériel roulant. Mais il nous faut partir de la réalité et faire avec ce qu’on a (les délais de fabrication des rames est très long). De plus, tout comme les nouvelles autoroutes attirent les voitures, les capacités augmentées dans les trains attirent les cyclistes. Conséquence : l’été, ça devient vraiment ingérable. La plupart des contrôleurs sont de bonne volonté et ne verbalisent pas les cyclistes en infraction, ni n’exigent qu’ils descendent de voiture (ou ne montent pas) alors que le règlement le permettrait.
Il faut se rendre à l’évidence : il n’est pas possible maintenant et vraisemblablement pas demain non plus de répondre à la demande de voyage multi-modal dans certaines périodes, sur certains trajets et à certaines heures. C’est aussi à nous, cyclistes, d’adapter nos habitudes et revoir nos attentes. Les vélotafeurs vont devoir acheter des vélos pliants. Les cyclo-voyageurs qui veulent partir sans démonter leurs vélos vont devoir choisir des horaires spécifiques.

Antoine
1 mois
En réponse à  Vince

Je ne sais pas si ce sont les voyageurs qui doivent s’adapter ou la SNCF, mais l’esprit du service public suggère que ce soit plutôt à la SNCF de proposer ce qui est nécessaire à l’évolution des mobilités.
▶️ D’ailleurs, s’il faut comparer les coûts imputés aux nombreux vélotaffeurs concernés pour passer au Brompton (minimum 1200 €, et 3500 € pour un électrique) versus la modification des wagons, il n’est pas dit que la solution « collective » ne soit pas moins cher. Avec bien sûr tous les autres avantages en € ou non du vélotaffage.
▶️ Pour ce qui est des longues distances et des voyages à vélo, les vélos pliants ne constituent carrément pas une solution.
▶️ En outre, je remarque que la loi mobilité (article L. 1272-5 du code des transports) [*] (1) ne concerne que les nouveaux matériels et (2) laisse le gouvernement, par décret d’application, décider des nombres ou pourcentages de places pour vélo. À titre d’exemple les TER ont en général de l’ordre de 300 places et une obligation de 2 vélos pour 100 places, soit… 6 vélos. Pour les intercités et TGV : 8 places pour 700 à 800 voyageurs… Pour moi c’est largement insuffisant en regard, par exemple, du pourcentage de déplacements à vélo dans les villes.
▶️▶️ S’il est vrai que le matériel roulant est cher et renouvelé ou rénové tous les 20 ans [**], rien n’empêche de remplacer ou de réaménager un wagon par rame pour ajouter 10 à 20 vélos, soit 3 à 4 fois plus. Hors période d’affluence les vélos pourraient aussi être admis en nombre restreint dans les autres wagons. Bref, des solutions existent (sans doute dans d’autres pays, il faudrait aller voir).
▶️▶️▶️ Quand au décret d’application de la loi d’orientation (du ressort du gouvernement, et non de la loi votée), il est clairement insuffisant (2 %, matériel nouveau…).

Sources :
[*] Recherche « Opération mi-vie : 40 % du parc TER rénové dans les dix prochaines années. »
[**] Recherche « Capacité d’emport moyenne des trains en France entre 2015 et 2016, selon les types de trains »

Antoine
1 mois

Merci pour ce tour d’horizon ; hécatombe dans les services publics. Savez-vous à quel(s) niveau(x) se situent les blocages ? SNCF, Régions, gouvernement ?

Je complète aussi par l’extrème difficulté de faire un itinéraire avec une carte du réseau (comme au temps des mamouths !) et du chacun-chez-soi des régions pour les TERs.

Promeneur
1 mois

Je suis passé au vélo pliant en 2015 pour la ville, mais aussi pour la randonnée, un Decathlon Tilt 9 (roue de 406×47, 750 €). [1]
Le seul défaut est qu’on est mal positionné [2] pour pédaler aussi efficacement que sur un VTC. On va plus lentement. Par contre, j’ai découvert que je pouvais faire de la piste facile, mais aussi de la difficile au moins sur quelques Km [3].
Sur le quai, je tiens d’une main mon vélo plié (équivalent à une valise moyenne), de l’autre 2 petites sacoches arrière, sur le dos un sac de marin (35 l) portable sur le dos comme un sac à dos. Vais-je encore pouvoir emprunter le train ? [4]
Pour ceux qui n’aiment pas les vélos pliants à petites roues j’ai concocté une liste de vélos pliants à grandes roues. Elle se trouve ici.

[1] ne se fait plus, vraiment robuste, une faiblesse, les rayons de la roue arrière qui pétaient de temps en temps. J’ai trouvé quelqu’un qui me l’a re-rayonnée avec des rayons plus solides et surtout qui savait monter de manière solide ceux-ci. Hélas les roues vendues sont mal montées (serrage et croisement).
[2] autrefois, on trouvait des vélos pliants pour la route voir de course (il y avait des compétitions). Certaines marques américaines font des vélos pliants pour la randonnée, mais sont hors de prix. Si quelqu’un connait un modèle, merci.
[3] une fois, j’ai emprunté un chemin vélo (signalé comme tel) qui était le lit d’un ruisseau à sec. Ce fut difficile (plein de gros cailloux) et acrobatique, mais c’est passé. Les Marathon Plus glissaient sur les gros cailloux. Aujourd’hui, j’ai opté pour des pneux mi-route mi-piste. Ce sont des Schwalbe Marathon 365 (406×40), impeccable, plus de glissade.
[4] j’ai une housse pliante qui tient très peu de place au cas où je tombe sur un contrôleur la couture sur le pantalon (ça arrive).

marmotte27
1 mois

Pour les cyclo-voyages il y a aussi le Rinko, décrit dans le forum vélo pliant. J’ai transformé ma randonneuse en vélo Rinko, ce n’est pas une mince affaire (c’est bien plus facile à faire à la construction du vélo, et a le gros avantage de se fair quasiment sans surcoût, contrairement à des coupleurs).
Mais c’est très pratique, et avec un peu d’entraînement le démontage/empaquetage se fait en 15-20 minutes sur le quai de gare…

1 mois

Je trouve vos avis excessifs. Il est fini le temps où l’on emportait sa voiture à Menton sur un wagon et où on profitait d’un wagon-lit. Dorénavant la SNCF copie l’aviation. Deux bagages et c’est tout. Ne nous plaignons pas trop car des surcoûts pourraient frapper les personnes en surcharge pondérale, chaque enregistrement étant accompagné d’une pesée automatique. Si les cyclistes sont impactés, que dire des violoncellistes? sans parler des contrebassistes? Le mieux serait d’inventer des vélos gonflables. Soyons solitaires.

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