Le vélo est mon moyen de transport usuel à Paris. Je circule sans casque. Il ne se passe désormais pas une semaine sans qu’on m’interroge : Comment, tu roules sans casque ? Moi, tu sais, l’autre jour, si je n’avais pas eu mon casque… Le fils d’Untel, le mois dernier, s’il n’avait pas eu son casque, aurait pu…, etc., etc. Mes oreilles chauffant un peu trop sous cet assaut, j’ai décidé de coucher mon plaidoyer anti-casque sur le papier.
Un texte de Monique Devauton, cycliste parisienne depuis 40 ans
D’emblée, je rejette le casque parce qu’il est embarrassant. Il faut l’emporter partout avec soi, une entrave contradictoire avec l’atout essentiel du vélo : aller un peu plus vite qu’à pied à l’aide d’un outil léger, de taille modeste et facile à réparer.
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Une idée de la ville… ——
- Parce que c’est laid. Les cyclistes casqués ressemblent au mieux à des figurines de Playmobil, au pis à des militaires, pour qui l’esthétique n’est pas la priorité. L’atmosphère de la ville tout entière s’en ressent.
- Parce que c’est une vision de l’espace public comme lieu d’affrontement : après les motocyclistes, les cyclistes — désormais majoritairement (au moins à Paris) accélérés par leur motorisation électrique — enfourchent leur monture comme ils partiraient au combat. Avaliser ainsi la violence de la circulation induit une surenchère : la rue est dangereuse, donc je l’aborde casqué — comme je circule casqué, je fonce. De fait, il a été observé que les porteurs de casque, se sentant protégés, se conduiraient inconsciemment de façon plus téméraire dans la circulation.
- Parce que c’est déshumanisant. Une étude australienne de 20231Les cyclistes avec davantage d’équipement de protection « ont l’air moins humain », révèle une étude. Pieuvre, 20 juin 23constate que le casque, comme le gilet fluo, rend moins humain aux yeux des autres. Et les porteurs de casque, perçus comme moins fragiles que les sans-casque, sont serrés de plus près par les automobilistes, observe une étude britannique de 20072Drivers overtaking bicyclists: Objective data on the effects of riding position, helmet use, vehicle type and apparent gender, ScienceDirect, mars 2007.
- Parce que le casque conforte une philosophie du chacun-pour-soi : je me casque, et/ou je me bouche les oreilles avec mon appareillage audio — dans la rue, je reste dans ma bulle personnelle, peu m’importent les autres usagers de la voie dite publique (la propension de certains cyclistes à diffuser à tous vents la musique qu’ils transportent avec eux en est un autre signe).
- Parce que le casque sous-tend aussi un marché, des entreprises dont le but premier est la recherche de bénéfices.
- Parce qu’en fin de parcours cet accessoire constitue des déchets en plus dans les poubelles.
- Enfin et surtout, parce que le casque traite l’effet mais non la cause. Le casque évite vraisemblablement des fractures du crâne et autres graves atteintes à la tête, mais études et bilans oublient de préciser la cause de l’accident : une vitesse excessive sur un sol glissant, la rencontre brutale avec un véhicule plus lourd et plus rapide — voiture, moto, vélo électrique — ou encore avec un véhicule dont le conducteur, occupé par son smartphone ou par le son déversé dans ses oreilles par des écouteurs, a freiné trop tard… ? Ou encore refus de priorité ou feu grillé par un autre cycliste, fautes de conduite quasiment devenues la règle à Paris… ?
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… et une idée de la vie —-
- Parce que le casque coupe, plus radicalement qu’un éventuel bonnet ou assimilé, de la sensation de l’air, du soleil ou du vent sur la tête.
- Parce que le casque conforte le dogme suscité par l’épidémie de Covid : une « réduction de l’Homme à sa vie biologique »3L’Inventaire n°12, automne 2022, éditions La Lenteur, Le Batz, 81140 Saint-Michel-de-Vax. — une époque où on mourait seul à l’Ehpad, après des semaines sans attraper le virus mais aussi sans recevoir de visites. La planète entière était prise de court, soit. Mais doit-on perpétuer cette « idolâtrie de la vie »4Olivier Rey, L’Idolâtrie de la vie, coll. Tracts, n° 15, Gallimard, juin 2020, qui induit des servitudes et déshumanise la vie en société ?
- Parce qu’il est illogique de casquer les cyclistes sans casquer aussi les piétons et les automobilistes, qui courent aussi le risque de graves atteintes au crâne — accidents de la circulation, chute ou projection d’objets dans la rue pour cause de météo désormais parfois très violente…
Monique Devauton
Qui suis-je ?

Cycliste au quotidien depuis mon enfance dans une petite ville de province, j’arpente Paris à vélo depuis mon arrivée dans la capitale dans les années 1980. Journaliste pigiste à la retraite (j’ai 70 ans), mère d’une fille de 28 ans, sortant beaucoup le soir et fréquentant des amis dans tous les quartiers, je parcours entre 80 et 150 kilomètres par semaine.
Ces six derniers mois, j’ai vécu deux chutes : la première, à un croisement de rues cyclo-piétonnières, sous le choc d’un livreur à vélo électrique qui consultait son smartphone – il arrivait sur ma droite, mais trop vite et sans regarder devant lui – ; la seconde parce qu’un individu en trottinette électrique s’est arrêté pile devant moi, de nuit sur une piste bidirectionnelle, et que, faisant un écart pour l’éviter, j’ai heurté le cycliste arrivant en face. Chaque fois j’ai pu sauter de côté et me protéger un minimum en projetant les mains devant moi. M. D.
Commentaires d’Isabelle :
On peut se régaler aussi avec cet article : Loi sur le casque : le Sénat retire son texte, et déguster le tableau final. Cela fait écho au reportage récent de Biclou : Vélo urbain : le casque du futur sera-t-il intégral ? … (janvier 2024) où l’on voit la grande proximité des motards et des cyclistes casqués et le problème de départ : « Sur les pistes cyclables des grandes villes, la vitesse et la densité augmentent ».
Vous pouvez aussi être mécontente, peut-être même furieuse. Explore Paris vous convie à une balade guidée sur les transformations des Jeux Olympiques. C’est à vélo mais vous ne pourrez pas y participer. Pourquoi ? « casque obligatoire ». De quel droit et pourquoi ? J’ai donc mis un commentaire : « Le casque n’est pas obligatoire, mais peut l’être en terrain privé, chantiers ou usines notamment, ce qui doit être le cas ici. Dans ce cas il y a toujours des casques de prêt à disposition. »
Et on m’a répondu : « Le port du casque est obligatoire pour cette balade à vélo guidée et encadrée. Elle est réservée à des participants à partir de 18 ans. » Voici une réponse ferme et argumentée … qui m’empêche de participer à cette visite certainement passionnante. (Ce matin du 9 mars je découvre que déjà 3 autres personnes ont commenté dans le même sens!).
▶️ Elles ont été quatre, et le 15 mars le texte a été changé. Le casque est recommandé et la balade s’adresse désormais à un public familier du vélo en ville. On sent l’inquiétude des organisateurs, mais je salue le geste d’apaisement. A propos, sur cette page il y a plein de visites sur le thème des Jeux Olympiques !





L’enregistrement de la chronique qu’Abel vient de consacrer à cet article est en ligne. C’est grandiose ! Merci Frédéric ( @littlebigfred ).
Concernant la pratique du vélo, parler de « chapeau en polystyrène » serait plus adapté.
Et puis, il y casque et casque : quand je vois ceux de mes petits-enfants, j’ai la certitude qu’ils ne les protègent pas de grand-chose. Celui que je porte très occasionnellement n’est pas non plus un rempart contre un choc important, tout juste un truc qui pourrait m’éviter un arrachement du cuir chevelu.
Les Orléanais faites pas les malins. Vous aussi vous avez droit à la balade facile en ville avec casque obligatoire organisée par la métropole !!! Pour encourager les gens à s’y remettre on ne fait pas mieux !
Ayant (apparemment) du temps à perdre j’ai cherché un moyen sur le site d’exprimer (facilement) son déplaisir, je n’ai pas trouvé. Je ne trouve pas non plus facilement de base légale à de telles obligations.
J’ai fait un touit https://twitter.com/isaduvelo/status/1775446234876063814
Je partage en partie votre réflexion, elle a le mérite d’exister, cependant j’ajouterai un raison pour laquelle j’ai changé ma position, un drame de la route aurait des conséquences sur moi, mais aussi sur ma famille, mon épouse et mes enfants, je ne suis pas seul et cette responsabilité me contraint à mettre en effet le casque.
Votre réaction est très courante et je regrette pour vous la contrainte que vous pensez devoir vous imposer. Cependant cet article n’a pas pour objectif de vous culpabiliser. Il a juste pour ambition de montrer ce que casque veut dire, ce que pas grand’monde ne fait.
Oui, cette pression sociale est des plus désagréables, et effectivement bien énervant quand cela concerne des évènements à caractère tout à fait non sportif. Dans notre association chacun fait ce qu’il veut en la matière. Moi par exemple je porte le béret…
Bonjour, une étude de Que choisir (juin 2023) montre qu’en vingt ans la progression de la mortalité à vélo n’a cessé d’augmenter, alors que quasi-personne ne portait un casque en 2010. Ce qui montre que plus les cyclistes portent un casque, et plus ils encourent le risque de mourir. Peut-être parce que les automobilistes pensent à tort qu’ils sont protégés.
Non, ça montre simplement qu’il y a plus de cyclistes.
Je trouve qu’il y a de bonne raison de ne pas rendre obligatoire le casque à vélo : je suis donc contre le rendre obligatoire, pourtant je porte un casque. J’y trouve 2 bonnes raisons :
le mien a un rétroviseur intégré dans la visière (malheureusement il n’est plus fabriqué);mes (petits-)enfants portent un casque…A coté de ce coup de gueule assez subjectifs -et donc intéressant- contre
le port du casque, la pression sociale, les conseilleurs qui veulent le bien des cyclistes en s’appuyant sur le « bon sens » plutôt que sur les études sérieuses, je trouve plus constructif de
mettre en avant les bonnes raison -assez objectives- de s’opposer à l’obligation du port du casque.J’aimerais aussi que l’engouement actuel pour le vélo conduise à nouveau à produire des casques avec rétroviseur intégré dans la visière, cette grande visière a aussi l’avantage de protéger la face en cas de chute par-dessus le guidon.Se méfier aussi des arguments évidemment réfutables car ils déconsidèrent l’ensemble de l’argumentation, ainsi « Il faut l’emporter partout avec soi » : ben nous, on peut l’accrocher sur son vélo, par exemple avec un câble antivol qui passe à travers un trou du casque (de nombreux casques ont des trous d’aération), et aussi à travers un ressort de la selle et naturellement à travers le cadre (on peut aussi rajouter à travers le porte bagage et la roue arrière). La plupart des cyclistes n’emporte pas leur selle partout avec eux.
Le casque avec rétroviseur intégré me parait être une fausse bonne idée: rien ne vaut le coup d’œil latéral régulier ou même la rotation tête/buste pour jeter un regard complet. Mais c’est aussi une question de vitesse et de densité de circulation.
lors de la rotation tête-buste on perd la vision avant de sa route donc de ce qui vous précède. Un bon rétroviseur est bien plus utile. C’est ce que j’ai depuis 30 ans. Dommage que les VLS n’en aient pas
L’enregistrement de la chronique qu’Abel vient de consacrer à cet article est en ligne. C’est grandiose ! Merci Frédéric ( @littlebigfred ).
Le casque est une contrainte qui va à l’encontre des valeurs de liberté recherchées.