Un gouffre financier, et un bien mauvais tour fait à la marche et au vélo
Dans une étude de ce mois de septembre, La contribution des usagers au financement des transports collectifs urbains, non citée dans la présentation du rapport annuel sur la transition énergétique (La Cour des comptes rappelle que 1 euro investi dans la Transition évite 3 euros de dépenses en réparations) présenté le même mois, la Cour des comptes assène le fait que les collectivités ne font pas payer suffisamment les utilisateurs par rapport au coût réel des transports en communs.

Pour la Cour il n’y aurait que 10% de la population pour lesquels des tarifs avantageux seraient justifiés.
La Cour dit bien que les comptes présentés sont hors-investissements et donc sous-évalués et que les transports en commun ne pourront faire face aux investissements nécessaires, et que donc ils vont se dégrader si on ne relève pas les tarifs.
Les usagers n’ont plus aucune idée de ce que ça coûte
Dans sa synthèse la Cour souligne que
la disparition de la tarification par zones géographiques et des tarifs reflétant la distance parcourue, au profit de tarifs uniques, a rompu le lien entre le prix payé et l’usage réel des services de transport, donc leur coût. Le dézonage des abonnements et, plus récemment, la création d’un ticket unique en Île-de-France s’inscrivent dans cette tendance générale (à la baisse des tarifs)
la mise en place de tarifs réduits ou gratuits, sociaux, solidaires ou commerciaux, a abouti à ce que, en 2022, dans les réseaux hors Île-de-France, 50 % des voyages aient été effectués à tarif réduit, et 10 % à titre gratuit.
Les prix bas devraient être réservés à ceux qui en ont besoin
La Cour souligne que la plupart du temps ces changements tarifaires sont décidés sans analyse préalable de leurs effets et sans travaux de diagnostic et de planification de la mobilité. Elle reproche que le public défavorisé ne soit même pas ciblé.
Les décisions se prennent sans étude réelle
Le résultat est que la contribution des usagers au financement ne fait que se dégrader, remplacée par la taxe des entreprises (versement mobilité) et l’impôt. Les usagers n’ont donc plus du tout conscience des coûts réels.
Tout cela met en péril l’avenir. Or un réseau bien maillé trouve sa clientèle et permet de limiter la place de la voiture, au moins dans les villes importantes. Ce n’est pas pareil dans les zones où les réseaux sont de petite ou moyenne taille. Pour eux la Cour voit même des avantages à la gratuité. Pourtant, note-t-elle, en centre-ville la gratuité a pour conséquence une augmentation de la fréquentation au détriment de la marche à pied et du vélo (p. 12).
Certaines décisions ont leurs effets pervers
De même la Cour souhaite que les politiques de dézonage, comme en Ile-de-France, soient mieux appréciées. Elles déconnectent complètement coût et prix, et ont forcément des conséquences sur les comportements de mobilité, et même les choix résidentiels.
L’Etat devrait surveiller un peu plus la qualité déclinante de l’enquête nationale annuelle sur les TCU, et inciter les autorités à réaliser des études sérieuses avant tout changement de tarif.
(1) La synthèse de l’étude (pdf)
La Cour fait 7 recommandations, dont voici les cinquième et sixième :
5. Améliorer l’enquête nationale sur les transports collectifs urbains, notamment en renforçant les obligations d’information des opérateurs et des AOM (ministère chargé des transports ; 2027).
6. Inciter les AOM regroupant plus de 100 000 habitants à réaliser et à publier une évaluation socioéconomique ex -ante et ex-post des changements tarifaires significatifs (ministère chargé des transports ; 2026).
(2) La contribution des usagers au financement des transports collectifs urbains
Cour des comptes, septembre 2025, le rapport

Mon avis
Sur les distances courtes ou moyennes, si on faisait payer le juste prix ou si on retirait l’impression de gratuité (via les cartes d’abonnement) beaucoup de gens arbitreraient en faveur de la marche ou du vélo. Cela allègerait les lignes, en en retirant tous ceux qui ne prennent le transport que pour une ou deux stations. Je ne nie pas que la tarification sans lien avec la distance n’ait joué un rôle de justice sociale à ses débuts. Mais elle a aussi pour conséquence un allongement des distances, et une surcharge au centre à cause de l’abondance de trajets très courts.
Fin 2019 vous pouviez lire sur ce blog un article qui démontrait déjà que les Transports publics sont une ruine financière aux effets pervers, dont on cache les chiffres – nombre de passagers, distances parcourues, coût réel, prix payés … – Le voici. C’est un rapport explosif.
(3) Transports publics urbains : le nombre caché qui fait exploser tous les autres
Isabelle et le vélo, décembre 2019, les révélations
On y démontre que les transports publics urbains, rapportés à la personne transportée :
- Consomment en énergie et coûtent autant qu’une petite auto
- Polluent plus que les autos
- Usent les routes bien au-delà de leur emport
et aussi qu’ils nuisent directement : - Ils rendent de bien mauvais services à la santé physique et mentale
- Ils entretiennent des illusions
- Ils apprennent à tricher
- …
A la fin nous arrivions à des conclusions très proches de celles de la Cour des comptes 6 ans après. Notamment que la question de leur utilité réelle n’est jamais posée et leurs coûts jamais exposés. Cela fait beaucoup de questions à se poser sur les transports en commun, sans préjugés.






Il y a un gros problème aussi. Aujourd’hui seuls les propriétaires via la taxe foncière financent les communes. Les locataires qui profitent de tous les services de la commune ne paient rien.