Le Mont-Saint-Michel est à nouveau accessible à vélo

L’arrêté autorisant les cyclistes à rouler sur la passerelle a été signé le 10 juillet 2020. Il autorise les vélos jusqu’à fin septembre, mais on espère surtout qu’il a bien mis fin à la bataille qui trainait depuis des années. Il a fallu pour y parvenir que l’Etat prenne le pouvoir et que le corona virus rende la chose inéluctable.

Voici la véridique histoire du vélo au Mont-Saint-Michel.
De multiples protagonistes s’en mêlent de 2010 à 2020,
jusqu’au dénouement spectaculaire de cette semaine.

On se souvient de l’épopée de la passerelle du Mont-Saint-Michel, destinée à participer au rétablissement du caractère maritime du Mont, dont la gouvernance était partagée entre de nombreux partenaires1, tous tirant à hue et à dia sur le fond des retombées touristiques du monument le plus visité de France après Paris, mais en déficit permanent. 

Le résultat aura été une passerelle fort belle mais trop étroite, des navettes trop larges pour s’y croiser et être autorisées sur route, des voitures à cheval transportant 4 personnes et gênant tout le monde, et l’interdiction aux cyclistes, même locaux, de rouler sur ces 2 km de long2. Personne ne voulait comprendre en quoi les vélos gênaient les activités des communes du Mont-Saint-Michel et de Pontorson, à moins qu’il se soit agit d’une bataille pour l’occupation de l’espace public. 

Décidée depuis 2017, la création au 1er janvier dernier par l’Etat d’un Etablissement public d’intérêt commercial (EPIC) aura mis tout le monde au pas. Il est dirigé par Thomas Velter, un haut fonctionnaire passé par les cabinets ministériels des Finances et de la Culture, et fait jeu égal avec la direction du Monument historique. Pour que tout soit en ordre l’administration de l’abbaye est également confiée à M. Velter, succédant dans cette fonction à Christophe Bally. 

L’Etat détenant la majorité des sièges de l’Etablissement, le calme a pu revenir autour d’objectifs partagés : Etablir un plan de financement robuste et mieux organiser les navettes et les parkings, gérés par la société Veolia-Transdev. Dans ces conditions l’Etat augmente sa contribution à la restauration et à la mise en valeur du Monument et en demande autant aux instances locales.

A tout cela est venu s’ajouter l’arrêt de l’activité touristique pendant deux mois, l’absence des touristes étrangers pour toute l’année, et la capacité des navettes ramenée à 18 personnes pour raisons sanitaires. 

C’est alors que début mai se manifeste Valérie Nouvel, vice-présidente déléguée à la transition énergétique du Département de la Manche, qui était sur le coup depuis 2016. Elle promeut la création d’une voie verte le long de la côte depuis Pontaubault et passant par Avranches. Pourtant lors de la dernière réunion en mairie de Pontorson, le 7 juillet, fut redite, ou du moins comprise, l’interdiction de la passerelle aux cyclistes. La procédure de modification aurait été en cours, c’était compliqué, ça allait encore continuer … Le sous-préfet, en poste depuis plusieurs années, fut entendu dire qu’il souhaitait que les cyclistes aillent sur la chaussée. Le préfet avait déjà déclaré en 2016 que l’interdiction était illégale3 mais Ségolène Royal, lors de sa visite de décembre 2014, s’en était bien gardée… C’est le directeur de l’EPIC qui le décida, et c’est lui qui en informa immédiatement la presse locale. Sa décision n’a rien de solitaire pour autant, c’est une décision collégiale, prise en concertation avec tous les acteurs concernés, précise-t-il, faisant état de pas mal de réunions de travail depuis le mois de mai.

Lui sans doute découvrant l’absurdité de la situation au regard des évolutions en cours dans les modes de déplacement, elle réalisant qu’un riche réseau de voies vertes et de véloroutes converge ici, tous voyant l’évidence que le salut commercial de la saison ne pouvait plus venir que des Français… la crise sanitaire, finalement, constitue une opportunité pour revoir le modèle, constate M. Velter. Les vélos venant en secours de l’accès au Mont et de son économie, voici un schéma intéressant !  Un nouveau train a même été créé au départ de Paris-Montparnasse, roulant au moins trois fois par jour, dont un direct le matin (départ à 7 h 30). Il s’arrête à Pontorson, rendant au vélo son rôle de complément naturel du train ! 

3 jours après cette froide réunion d’information du 7 juillet, perçue comme étant sans enjeu par Vélocité mais se soldant par un refus, l’arrêté était signé … du maire de Pontorson. Son article 1er est ainsi rédigé : 

« Par dérogation aux articles 8 et 9 de l’arrêté 2018/20 du 27 juillet 2018 de M. le maire de Pontorson, la circulation des vélos est autorisée à titre expérimental du 10 juillet au 30 septembre 2020 sur la digue route et sur la chaussée du pont passerelle. « 

Dans les heures qui ont suivi la police invitait les cyclistes à passer.

Un stationnement pour les vélos a été sommairement installé tout près de l’esplanade, au lieu-dit des Fanils, repéré depuis longtemps. Il n’y a pas encore de consignes pour les bagages des voyageurs à vélo, alors que les supermarchés de la région en ont, explique Gwenael Jouvin, de l’association Velocité. Il n’y a pas non plus de fléchage vers le stationnement, au risque de voir les vélos s’accrocher à la rambarde de la passerelle. Peut-être faudrait-il aussi rappeler aux cyclistes qu’il est inutile et dangereux de doubler les navettes, chauffeurs et chevaux manquant d’habitude et de sympathie pour eux… Si tout se passe bien la réflexion se poursuivra pour « pérenniser un accès au Mont qui soit complet, dans toutes ses composantes (voie verte alternative, aménagement de stationnements et pourquoi pas gardiennage et consignes) » conclut M. Velter.

La convention d’exploitation des navettes et des parkings expire en 2022. C’en sera alors fini de la privatisation de la route, me dit-on sur place, tout le monde  y a droit, aurait encore ajouté M. Velter.  C’est bien l’avis de l’association Vélocité qui a été longtemps bien seule dans son refus de l’interdiction. Qui sait si nous connaitrions un épilogue si rapide aujourd’hui si elle n’avait pas battu le fer ? 

Pour comprendre

  • Le Mont Saint Michel, dans un conflit de gestion entre le gouvernement et les collectivités,  TF1, Le journal de 13h, 31 décembre 2019.  Extraits de la présentation sur le site :  Dès le 1er janvier 2020, le site doit devenir un établissement public à caractère industriel et commercial. Si l’Etat va augmenter ses subventions, de son côté, les collectivités territoriales doivent également fournir le même effort. Une décision qui est « tout simplement une erreur d’interprétation », selon le sénateur de la Manche, Philippe Bas. Pour l’instant, aucun accord n’a été trouvé entre les deux parties. 
  • Mont-Saint-Michel : des précisions du maire, Ouest-France, 1er février 2016. Le maire, dans ce qui ressemble à un droit de réponse, avoue qu’il a signé l’arrêté d’interdiction (de l’accès des cyclistes) sur la demande de la sous-préfète, c’est à dire de l’Etat !!!
     
  • Passerelle du Mont-Saint-Michel : le tribunal rejette le recours et le fait payer. Isabelle et le vélo,18 décembre 2015. Vélocité en grande difficulté financière.
  • Mont-Saint-Michel : un Tour de France et des cyclistes « indésirables ». Paris-Normandie, 25 juin 2016. Un excellent article qui résume bien la situation.
  • Tour de France : cyclistes, attention, au Mont Saint-Michel, le vélo est interdit ! C’est un un petit clin d’oeil de l’actualité : la plus grande course cycliste du monde s’élancera samedi du Mont Saint-Michel, une commune où la bicyclette n’est plus tolérée dès les premiers beaux jours. Le vélo – on s’en rendra compte dès ce week-end – engendrerait des « troubles à l’ordre public ». France3 Basse-Normandie, 27 juin 2016.
  • Mont-Saint-Michel : Les vélos ne gênent pas, interdiction quand même? (Présentation de toute l’affaire.) Isabelle et le vélo, 29 juillet 2014. C’est ici qu’on voit que l’affaire remonte à 2010.
  • Retour à la passerelle du Mont-Saint-Michel (Explications fouillées). Isabelle et le vélo, 11 nov 2014.
  • Mont-Saint-Michel 3, la bataille s’engage (Action au tribunal.) Isabelle et le vélo, 3 décembre 2014. Un tableau désespérant de responsabilités qui s’entremêlent, une situation de plus en plus indémélable. / La visite de Ségolène Royal.  

Notes

  1. Les partenaires sont l’Etablissement public national du Mont-Saint-Michel, dirigé par M. Velter, ainsi que les collectivités membres du syndicat mixte : communes de Pontorson et du Mont-Saint-Michel, communauté d’agglomération MSM/Normandie, département de la Manche, région Normandie, selon la liste dressée par M. Velter en réponse à ma question.
  2. C’est depuis un arrêté de décembre 2014 que l’accès au Mont à vélo se fait exclusivement par une « voie verte » sur trottoir, parmi les piétons, et reste interdit la journée pendant la haute saison.
  3. Voir dans l’article 180 cyclistes étrangers arrêtés à 3 km du Mont-Saint-Michel à quelle occasion le préfet déclare qu’il y a illégalité
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6 réflexions au sujet de “Le Mont-Saint-Michel est à nouveau accessible à vélo”

  1. Merci pour cet article très bien documenté. L’embrouillamini est exemplaire, et en tirer un article clair rend service.
    Où va se nicher le ridicule et la détestation immotivée de notre chère petite reine… Combien de temps faudra-t-il encore pour que l’accès des vélos soit autorisé partout où il ne représente pas un danger sans qu’un technocrate, une assemblée pompidolienne, un élu ou un juge n’y comprenant rien vienne l’entraver sur fond de querelles de gros sous ? L’enseignement de la culture cycliste devrait être obligatoire, et celui du service du public itou.
    Cette amélioration concrète et symbolique ne sera pas pour moi, car je ne m’approche plus de lieux à la fréquentation aussi dense avec ma bicyclette, mais merci de nous avoir fait savoir qu’il est de nouveau possible d’accéder au Mont à vélo.
    Jusqu’à ce que ce ne soit plus possible à la faveur d’une énième palinodie ? Espérons en effet que le gros de la mauvaise blague est derrière nous.

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  2. Testé hier. On valide. Manque cruel de panneau pédagogique, explicatif. Sans votre article j’aurais douté de l’autorisation aux vélos sur le bitume.
    Le petit panneau semble dire que le cycliste doit aller sur la partie en bois. Impossible de cohabiter avec les piétons qui sont rois … sur le bois 😉 Ceci dit avons croisé un agent de quai à moitié de parcours très sympa, invitant le cycliste à patienter derrière le bus à l’arrêt et à attendre son démarrage pour repartir, et remerciant le cycliste. Top! Interdiction de doubler les bus à vélos : un panneau s’impose.

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  3. Le 29 avril 2019 , période hivernale encore autorisée pour les vélos, j’ai essayé de rejoindre le mont par la route. A mi chemin on m’a demandé d’aller sur (le côté de) la passerelle. Par la force des choses j’ai du me transformer en piéton car comme le dit Françoise R , aucune cohabitation n’est possible avec les piétons .

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