La Reine bicyclette brille encore dans nos yeux

Le film de Laurent Védrine n’a quasiment pris aucune ride depuis sa sortie en 2013. Au contraire, hier soir il a servi de support à un riche débat sur la philosophie du vélo, et son dévoiement actuel. 

Hier soir nous avons revu le film La Reine Bicyclette au siège de MDB à Paris. Le film raconte l’histoire des Français avec le vélo depuis les origines jusqu’aux années 2000, sa place centrale dans notre société, l’avènement du sport et l’appropriation du cycle par toutes les classes de la population… puis, juste après la seconde guerre, son éradication. 

Plusieurs personnalités y parlent avec amour du vélo, comme objet toujours lui-même dans ses renouvellements (Nadine Besse, musée de Saint-Etienne, André Guillerme, CNAM), comme objet de transformation sociale (Catherine Bertho-Lavenir, historienne), ou comme objet libérateur (Didier Tronchet, dessinateur, Paul Fournel, écrivain). Tronchet en parle comme d’une découverte et un retour à l’adolescence, Fournel parle de « l’homme-vélo », soulignant que le rapide, dans ce couple, c’est bien lui, le vélo. 

Ce qui aura aussi intéressé le public ce sont les images des manifestations vélorutionnaires de mai 68, qui signent le début du retour du vélo en France, et où les Parisiens anciens revoient certaines personnalités de l’époque, Mouna, René Dumont, Jacques Essel et Jean Chaumien notamment.

L’époque contemporaine est illustrée par mes interventions et celles de Hubert Peigné, puis par l’inauguration des vélibs par Bertrand Delanoë, le maire de l’époque. Hubert Peigné (premier fonctionnaire à avoir été délégué interministériel au vélo) raconte le mal qu’il a eu à convaincre la haute administration, je raconte comment on a ouvert les berges de la Seine aux cyclistes en juillet 1994.  Je dis aussi que le rôle principal des associations est de maintenir la flamme, de faire que le mot Vélo ne disparaisse pas. C’est, je crois, le seul point du film qui a vieilli, car aujourd’hui le vélo a été réintégré dans l’imaginaire politique et dans le discours, comme le montre Maxime Huré. 

Ce débat fut allègrement animé par Laurent Védrine, le réalisateur lui-même. Les échanges tournent assez vite autour de la nature des cyclistes parisiens d’aujourd’hui. Beaucoup ont gardé une mentalité d’automobiliste, voire de motard. Il y a trop de vitesse, la vertu de lenteur et de vie sociale ouverte et apaisée se perd. Comment intégrer aussi les « nouveaux moyens de déplacement », VAE, trotinettes et autres, que Laurent Védrine ne voit d’ailleurs pas du tout comme des intrus ? Comment retrouver certaines qualités de la vie à vélo, ce sont demandé les participants, comment retrouver le plaisir du vélo quand plus aucune règle n’est respectée ? Illich parlait de « la bonne vitesse », à Paris aujourd’hui il y a toutes les vitesses en même temps et cela ne reflète pas la vraie nature du vélo.

Cela était tellement en résonance que je proposais enfin aux présents de lire mon article sur les cyclistes des années 2000 et plus, ceux qui se sont fait piéger par le capitalisme. Le VAE a au moins un défaut, insista Laurent en évoquant Illich, c’est qu’il signe la fin de l’autonomie. Nul ne sait réparer un moteur de VAE, ni même y changer une chambre à air sans doute, et tous courent après les sources d’électricité. 

Laurent rappela aussi que rien n’est jamais acquis, ce que l’on voit très bien dans le film Together we Cycle qui sera projeté à la fin du mois à la mairie du 15°.

Dans le public Arnault Langlois nous invita à partager notre joie d’être cycliste, ce qu’il voit comme un moyen de convaincre les automobilistes de devenir cycliste. Kasia Michejda confia quant à elle qu’à ses débuts elle se comportait « en fanjo » comme l’ex-automobiliste qu’elle était, toute à son ivresse. Elle a fini par se calmer. 

Laurent Védrine reconnu enfin qu’il faudrait maintenant réaliser deux films pour montrer ce qui s’était passé depuis 1995. Ce serait en effet absolument passionnant.


Ce film est à mes yeux le premier d’une trilogie sur l’histoire du vélo comme objet social, les deux autres étant Why we Cycle pour le second et Together we Cycle pour le dernier. Le premier et le dernier montrent un pays envahi par l’auto à la sortie de la guerre. Très vite les Pays-Bas réagissent, la France ne le fait que mollement et seulement 50 ans après. Les deux films montrent les méthodes employées, à l’opposé dans les deux pays, opposition / coopération, idéologie / savoir-faire … et que dans les deux cas … tout reste à faire et que rien n’est jamais acquis. 

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3 réflexions au sujet de “La Reine bicyclette brille encore dans nos yeux”

  1. Je possède le dvd (j’avais participé au crowdfonding à l’époque).
    Quelles sont les conditions pour diffuser le film lors d’une séance gratuite dans un café associatif ?

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