Nous étions 450 à Tours, en cette fin janvier 2026, pour parler de l’avancement des SERM. Ce fut un congrès très riche, le premier après le décès de Jean-Claude Degand, fondateur de l’association Objectif RER métropolitains.
De nombreux sujets ont été abordés parmi les quels les questions de financement et d’aménagement du territoire. Il y a eu aussi le rôle du vélo, traité principalement dans deux ateliers, le A16, Les SERM et le vélo au quotidien, animé par moi, et dans le A21, Les SERM et la mobilité des loisirs, animé par Julien de Labaca.

En attente des participants pour la plénière d’ouverture, au centre Le Vinci de Tours.
Le train est un outil d’aménagement du territoire
Tout d’abord le rôle du train de longue distance est d’être un outil de l’aménagement du territoire, de lien entre régions, en remodelant souvent les paysages, en les détruisant aussi. Mais il n’y a plus de politique d’aménagement du territoire.
La mobilité du quotidien, en revanche, relève des territoires. Cette mobilité « fait société ». Ce sont les « petites lignes » qui ont fait la rencontre entre ville est campagne, et les ont liées. Leur remplacement par l’automobile n’est qu’un leurre, a dit quelqu’un.
On comprend alors que les Régions commencent à se lasser de payer pour des infrastructures de niveau national. Certaines ont exprimé l’idée qu’elles préfèreraient tout payer pour leur territoire sans avoir à en référer à un Etat qui ne sait que réglementer et complexifier, et laisser à l’Etat son rôle d’aménagement à l’échelle du pays1L’association Intercommunalités de France parle même d’un « projet de transformer les collectivités territoriales en opérateur de l’État” . La Tribune, 2 février 26..

Ce qu’il y a de passionnant avec les SERM c’est que non seulement ils recousent les territoires, mais qu’ils ne peuvent se faire que dans l’unanimité, car ils concernent à égalité autant les ville-centres que chaque commune. Les SERM sont donc des projets politiques, car quelle que soit leur complexité technique, qui est l’affaire des équipes opérationnelles, rien ne peut se faire sans la volonté politique, et sans l’idée qu’ils ne sont pas seulement des objets roulants, et plutôt et avant tout des services.
A partir de là on peut ne pas vouloir d’une vision exclusivement ferrée puisque même les routes nationales ou concédées peuvent y jouer un rôle, notamment avec les pôles d’échanges multimodaux. D’ailleurs si le train ne peut pas tout faire, l’automobile non plus.

Et le vélo dans tout ça ?
Dans la loi le vélo est totalement intégré aux Serm et sa présence est obligatoire. Jean-Claude Degand ne cessait de le répéter, tout en veillant à ce que les femmes soient bien représentées.
⏩️ La Loi SERM expliquée par le journal Vie publique
– Cette offre multimodale de services de transports en commun publics, hors région Île-de-France, s’appuiera prioritairement sur un renforcement de la desserte ferroviaire. Elle comprendra obligatoirement une offre de cars express « à haut niveau de service » et des réseaux cyclables.
– Les gares ou pôles d’échanges multimodaux existants seront adaptés. D’autres seront créés. Ils devront offrir des voies et des aires réservées au covoiturage, des parkings pour vélos …
Le vélo aurait dû étre plus présent qu’il n’a été, et dans l’atelier 16 deux des quatre intervenants (tous masculins) ont tenu à me le faire remarquer avant même que nous commencions.
C’est là que le vélo peut jouer un rôle : facile à déployer, sobre en ressources, décarboné, pas cher et efficace. Je ne vais pas vous mentir, on n’était pas nombreux à promouvoir cette idée mais on s’est fait entendre.
Sébastien Davin, consultant en mobilité cyclable
🤫Dans l’atelier 16 sur les SERM et le vélo au quotidien
Renaud Caddet, chargé de mission mobilités (Ecole d’urbanisme de Paris), a tenté de dresser un tableau de la place du vélo dans la gare d’Amboise. Il a surtout découvert qu’il y avait peu de données. Parmi les cyclistes, 30% des femmes laissent leur vélo en gare, 12% des hommes, ce qui laisserait percevoir une prédominance du sport et du loisir. Or on ne sait rien des horaires, des saisons et des motifs.
Erik Leconte, chargé de mission Politique de mobilité et Plan vélo à la Région Centre-Val-de-Loire , a tenté la même chose dans son périmètre, avec aussi peu de succès. En revanche il a pu mettre en avant le potentiel hors loisirs, puisque 44% des habitants d’Indre et Loire habitent à moins de 15 minutes à vélo d’une gare. Sur cette quantité combien travaillent à plus de 15 minutes à vélo de chez eux? Avec son exposé nous avons perçu tout ce qui reste à faire, raccords entre itinéraires, équipement sérieux en stationnement … et même recenser les responsables multiples ! L’emport des vélos en revanche s’améliore chaque année. La salle basse avec racks à vélos (17 places) des rames Jumbo est désormais maintenue toute l’année, en libre-service mais sur réservation.
Julien de Labaca ensuite, spécialiste des déplacements (agence L’Explorateur des Mobilités), nous a emmenés aux Pays-Bas. Nous aurions pu être déçus, car nous avons appris que l’objectif des chemins de fer n’est pas de faire plaisir aux cyclistes. Il est d’avoir un système ferroviaire qui fonctionne. Pour eux, nous a-t-il expliqué, le vélo est un produit d’appel, même s’agissant de la location, surtout si le cycliste se gare car alors il peut consommer. Voilà pourquoi aux Pays-Bas on transporte les vélos mais on préfère largement ne pas avoir à le faire. Julien de Labaca a également insisté sur le fait que aux Pays-Bas l’usage de « la technologie » n’avait pour objectif que de faciliter les usages et donc augmenter l’efficacité, ce qui fait se désespérer les Français. Avoir des objectifs clairs, voici une bonne méthode de travail adoptée à La Haye.
Le dernier orateur, Maxime Silberstein, de la société Diwio (gestion des garages à vélos), a souligné qu’il ne suffisait pas que le matériel soit bon, car c’est l’exploitation qui est le nerf de la guerre. Il faut de l’humain, et il faut une réactivité sans faille, notamment en cas d’effraction ou de salissures importantes. Il déplore que nombre de ses clients commandent des meubles sans penser vraiment à ce qu’ils en feront.
😟Dans l’atelier 21 sur la mobilité des loisirs
Julien de Labaca, l’animateur, a fait savoir que les loisirs (visites, promenades, sport, culture) représentent 30 à 35 % des trajets (contre 24 % à 28 % pour travail/études) et 40% du temps de déplacements. Remplir les heures creuses s’avère très rentable pour les opérateurs. Il avait trois intervenants :
- Jean-Paul Balensi, Consultant senior chez RAIL JPB
- Benoît Lanusse, urbaniste et spécialiste du développement ferroviaire
- Lucile Ramackers, fondatrice de Famimob, adhérente de Femmes en mouvement
3 thèmes principaux ont été abordés :
1️⃣ Les familles et les enfants comme public à mieux prendre en compte, je dirais même à choyer ! Ils sont bien souvent prêts à lâcher la voiture à condition d’avoir un peu plus de considération 😉 Lucile Ramackers l’a confirmé !
2️⃣ Le monde de la culture : combien de petits et grands festivals seraient en réalité totalement accessibles en TC si on se creusait un peu plus la tête ? Le monde de la culture est prêt selon Benoît LANUSSE
3️⃣ Le train touristique : parce qu’à lui seul, il permet de réinventer l’imaginaire du train, de remettre le patrimoine des régions en avant, et parfois même de participer à la vitalité ferroviaire de certains territoires. La présence de Jean-Paul BALENSI a permis de le rappeler.
Et le vélo là-dedans ? Même là ce fut trop faible, on n’a pas parlé de vélo, m’avoua Julien le lendemain, après m’avoir envoyé son compte-rendu, dont j’ai repris l’essentiel.
Le nerf de la guerre
La conclusion du congrès pourrait être que rien ne sera consolidé sans une clarification des aspects financiers. La Loi est là, mais pas les moyens pour la mettre en oeuvre.
Pour que les SERM ne restent pas au stade de concepts, un modèle économique clair et pérenne doit être établi entre l’État, [les consultants et opérateurs tels que] les Sociétés des Grands Projets (SGP), les collectivités, les métropoles et les Régions.
L’exploitation au cœur de la conception : Qu’il s’agisse d’étoiles ferroviaires complexes ou de « petites lignes », la robustesse de l’exploitation et la maintenance (matériel roulant, centres de maintenance et remisage) sont les garantes de la promesse faite aux usagers.
La cadence et la simplification de l’offre sont les clés pour transformer les habitudes de mobilité.
Chaymae SAMIR, Artelia

⏩️ Voir et Lire
Le site de l’associationObjectif RER Métropolitains.
Le programme entier
Tours, capitale mondiale des SERM !Mobily-cités, 29 janvier 2026
▶️ Se souvenir et comprendre le message
Les obsèques de Jean-Claude Degand, un cycliste de toujours au service des transports pour tous.




