La décrue de l’auto est engagée, se réjouit CyclotransEurope

Riche réunion de CyclotransEurope pour son assemblée générale, le 1er février. Passage en revue de ses domaines de travail et de ses inquiétudes, puis après-midi de prospective. Il y a deux fois moins d’autos dans Paris qu’en 1990. Et en 2050?

Les hauts et les bas de l’année

L’association CyclotransEurope trouve, elle aussi, que la LOM n’aura pas été la grande loi annoncée et qu’elle manque d’ambition. Par contre, les 50 millions du fonds vélo pour l’année ont été dépensés, grâce au relai de Vélo&Territoires. L’association exprime des craintes sur la dégradation des lignes ferroviaires, qui est un frein au développement du tourisme à vélo. Seule nouvelle positive, le rétablissement des trains de nuit autrichiens, sur une base exclusivement privée ! Le collectif d’associations ne baisse pas les bras et rencontre toutes les compagnies opérant en France. CyclotransEurope a également republié son guide Voyager en train avec son vélo, dans lequel vous trouverez l’essentiel des informations utiles.

C’est maintenant le comité du tourisme d’Ile-de-France qui est chef de file pour l’eurovelo3 (et non plus la région), les liens se sont quelque peu ressérés mais le comité de pilotage va financer un topo-guide de la partie nord (Aachen – Paris) alors que l’asso a publié un Namur à Tours en 2014. 

Un problème récurrent est l’opposition des « naturalistes » (chasseurs, riverains, passionnés de chemin de fer …) à la transformation de leur tracé ferroviaire de sentier en piste goudronnée (ou en toute matière bien dure). C’est le cas en ce moment pour la voie verte de l’Avesnois, 30 km, mais dans d’autre lieux aussi. Les départements, soucieux du bon usage de leurs finances, tiennent bon. Il vaut mieux acheter du solide qui durera que de la camelotte pas chère.

Au sud l’itinéraire a été simplifié en plusieurs endroits de la Nouvelle Aquitaine, et sera amélioré dans le département des Landes.
En Essonne la piste est interrompue plusieurs fois et devrait le rester assez longtemps. Ainsi progrès et difficultés jalonnent encore le trajet, mais l’association ne lâche rien.

Faire de la prospective est euphorisant

L’après-midi de cette journée d’assemblée générale avait lieu un exercice de prospective par petits groupes, organisé par Emmanuelle Patte1 avec les apports scientifiques de Frédéric Héran et l’expérience de Stein Van Oosteren2. Il fallait réfléchir à l’horizon 2050 sur la place de l’automobile, les futurs modes de déplacement, le déploiement du vélo dans la société, les distances, l’usage des rues …

Il en est ressorti notamment qu’il fallait s’engager en politique, rétablir une image positive des cyclistes et ne pas hésiter à faire des rues exemplaires à titre de démonstration.

Il fut entendu qu’il fallait des urbanistes dans les équipes de conception, que couper le transit était indispensable dans les quartiers et qu’il fallait investir en vitesse avant l’arrivée de la crise.

Pour Frédéric Héran, professeur à l’université de Lille3, il faut aussi penser en « système vélo » (services, abonnements, cartes etc) et miser sur des vélos adaptés à toutes sortes d’usages.
Il faut aussi de la cohérence avec les politiques de déplacement et de la communication de qualité.

Les données qui montrent tout

Frédéric Héran a rappelé qu’en France 70 % des déplacements faisaient moins de 5 km et que la moitié des trajets domicile-travail pouvaient être faits à vélo ou en VAE et que de plus les distances n’augmentent plus.  

Les courbes qu’il a tracées montrent aussi que partout l’automobile a commencé à baisser et le vélo à ré-augmenter, mais avec des décalages dans le temps, selon que l’on est en centre-ville, en proche périphérie ou en grande périphérie, selon les pays, bien sûr, et selon les classes sociales. Mais il est sûr que reviendra le moment où autos et vélos seront à leurs niveaux de l’entre-deux-guerres.  

Il a montré que dans les années 50 l’auto augmentait de 10% par an en France, soit un doublement tous les 5 ans. 

2 fois moins d’autos dans Paris qu’en 1990

La décrue a commencé en 1990 dans le centre de Paris, et en 2001 on était déjà à moins 5% par an. Aujourd’hui il y a deux fois moins d’autos à l’intérieur du périphérique parisien qu’en 1990. Les Deux-roues motorisés ont aussi fortement baissé, ils ont déjà perdu 1/3 de leurs troupes.

Et comme Paris donne le ton à la France … nous pouvons annoncer la bonne nouvelle partout !

Qui est qui ?

  1. Emmanuelle Patte est architecte à l’agence Méandre etc‘.
  2. Stein Van Oosteren travaille à l’ambassade des Pays-Bas -c’est à lui qu’il faut s’adresser pour louer le film Why we cycle-  et est porte-parole du collectif Vélo en Ile-de-France.
  3. Frédéric Héran est enseignant-chercheur à l’université de Lille et auteur du livre Le retour de la bicyclette et de quelques autres.
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1 réflexion au sujet de « La décrue de l’auto est engagée, se réjouit CyclotransEurope »

  1. Il faut se réjouir de la renaissance d’un train de nuit entre l’Autriche, l’Allemagne, la Suisse et la Belgique, et espérer que cela marchera bien et que cela donnera des petits, de sorte qu’on puisse à nouveau parler d’un réseau européen de trains de nuit. Mais il faut en même temps déplorer, malheureusement, que les vélos ne soient pas embarqués à bord…
    Et surtout continuer à se mobiliser pour améliorer l’offre des compagnies ferroviaires concernant l’emport des vélos dans les trains (offre qui continue de se dégrader – à quelques exceptions près).
    A ce sujet, il est lamentable que le conseil des ministres européens ait rejeté la proposition votée au parlement européen d’imposer aux compagnies ferroviaires d’accepter un minimum de 8 vélos à bord de chaque train, y compris les trains internationaux (qui sont très rares à les accepter).
    A l’heure du développement exponentiel du tourisme à vélo, c’est incompréhensible et c’est pitoyable… Ne baissons pas la garde!

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