Le cycliste en sa piste est la grenouille qui se fait rouler

Abel enfile le costume de Jean de la Fontaine et nous raconte la fable de la grenouille et du cycliste. Elle fait écho à l’article du 9 sur l’introduction de nouveaux véhicules dans les pistes cyclables. Le cycliste est bien la grenouille de cette farce jouée par le Gouvernement.

Bonjour,

Comme auditeur, je déteste entendre des personnes dire : je l’avais dit ou écrit il y a longtemps, et les faits me donnent raison. Je me garderai donc soigneusement de prétendre que j’avais malheureusement prévu depuis longtemps l’évolution dont je vais vous parler aujourd’hui.

Vous connaissez sans doute la parabole de la grenouille : si on la jette dans un bain d’eau bouillante, elle va sauter hors du bain et se sauver ; mais si on la plonge dans un bain d’eau tiède que l’on chauffe progressivement, elle ne va s’apercevoir de rien et s’assoupira puis mourra ébouillantée.

La parabole du cycliste qui n’a rien vu venir

Voici donc la parabole des cyclistes : si on nous avait dit il y a quelques années que sur les rares et trop souvent médiocres pistes et bandes cyclables nous devrions accueillir avec de grands sourires, à égalité de droits, des personnes confortablement assises sur des petits scooters mus sans aucun effort du bout du doigt, théoriquement bridés à 25km/h, nous aurions sans doute vivement protesté. Et pourtant le décret 2022 – 31, dont je vous ai parlé la semaine dernière, assimilant totalement aux vélos, en circulation, une nouvelle catégorie de véhicules, les cyclomobiles légers, est passé comme une lettre à la poste. Quelques indignations orales, dont ma chronique, une protestation de la Fédération des usagers de la bicyclette et du Club des villes cyclables, des notes de blogs, quelques tweets … et voici le renard bien installé dans le poulailler.

Comme la grenouille, nous avons été endormis par une série de petites évolutions

La première montée de température a été le vélo à assistance électrique, qu’on aurait dû logiquement appeler 2RFM, 2 roues faiblement motorisés, comme je le proposais alors, ou peut-être plutôt vélomoteur à assistance musculaire. On l’a ensuite, après l’avoir ainsi fait sémantiquement, réglementairement assimilé à un vélo. Et puis après avoir dit le VAE est comme un vélo, on a dit le VAE est un vélo.

L’appellation VAE s’est ensuite raréfiée au profit de vélo électrique, qui englobe maintenant les VAE, limités à 25 km/h et avec une motorisation ne fonctionnant qu’en assistance, et les pedelec ou speedbikes, pouvant rouler à 45 et à motorisation indépendante du pédalage.

De l’importance de la sémantique

Vous ne vous étonnez pas, si vous m‘écoutez régulièrement, de m’entendre insister sur cette évolution sémantique, qui me semble aussi importante que les évolutions techniques et réglementaires. Dans ce cas, elles se sont complétées en s’alternant.

Car ensuite est arrivée la trottinette électrique, qui a envahi nos villes, réussissant elle aussi à coloniser le terme trottinette, auparavant réservé à un objet mécanique nécessitant un effort important, et désignant maintenant surtout son dérivé électrique. Et elle aussi a été intégrée, sous la dénomination EDPM (engin de déplacement personnel motorisé), en même temps que divers véhicules comme les giroroues, gyropodes ou hoverboards, dans la même catégorie que les vélos.

Les tous nouveaux arrivés dans l’accueillante maison des cyclistes, assis sur leurs petits scooters électriques, seront-ils les derniers, ou feront-ils signe à quelques proches cousins attendant leur heure près de la porte ? Je vous remercie de ne pas m’en vouloir de terminer sur une note pessimiste, mais je ne distingue aucune raison d’être optimiste.

A lundi


Cette chronique d’Abel Guggenheim a été diffusée le 31 janvier dernier dans l’émission Rayons Libres sur Cause-Commune. Vous pouvez la réécouter ici

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2 réflexions au sujet de “Le cycliste en sa piste est la grenouille qui se fait rouler”

  1. Les Français sont incorrigibles par rapport à leur mode de déplacement avec l’absence d’une prise en compte de l’inutilité de déplacer une tonne de ferraille pour 70 kg sur moins de 10 km.
    Comment faire évoluer les mentalités dans un pays que nous détruisons par nos comportements égoïstes ?

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  2. Malheureusement moi aussi je ne distingue aucune raison d’être optimiste….
    A moins que nos élus, décideurs, faiseurs de Lois et décrets, pensent des positions courageuses et validées par tout usager du vélo (ile vrai vélo, celui dit « musculaire) dans nos villes… Mais sont-ils réellement des usagers du vélo ? et sont ils réellement convaincus de l’importance du vélo, cet outil merveilleux pour les déplacements, et qui coche toutes les bonnes cases ?

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