Bientôt le permis à 17 ans, comme si c’était la solution

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C’est par un entretien le 20 juin avec le magazine Brut que Elisabeth Borne a annoncé que dès janvier 2024 on pourrait avoir le permis de conduire à 17 ans. 

Elle insiste sur le fait que c’est en pensant à la jeunesse rurale que cette mesure a été décidée. Vous remarquerez au passage que dès qu’il s’agit de route il n’y a pas de loi à voter, donc aucun contrôle du parlement. C’est toujours la même chose, depuis l’instauration du code de la route ! (voir notamment Vélo et droit, un couple mal assorti, et surtout Il faut changer les bases du code de la route).

Aucun communiqué n’a même été publié, ce qui n’a pas empêché les réactions dans la presse.

Je tombe sur La Croix, qui présente (21 juin) le pour et le contre, opposant Plus de liberté pour la jeunesse rurale et Forte accidentologie chez les jeunes conducteurs
17 ans, c’est l’âge minimum autorisé par le droit européen, déjà atteint par la Slovaquie et l’Irlande, selon le journal. 

Rappelons que la France est également le pays où on peut conduire une motocyclette dès 14 ans, et 8 ans (mai 2019) les trottinettes électriques, âge ramené à 12 ans en octobre de la même année. On rappelle souvent que c’est cet accès jeune à la motocyclette qui avait tué dans l’oeuf le vélo.

Hans Kremers commentait en disant

Le gouvernement néerlandais refuse les trottinettes électriques actuelles pour des raisons de sécurité, tandis que le gouvernement français autorise les trottinettes électriques tout en reconnaissant que leur sécurité n’est pas encore garantie. Le décret du 23 octobre dernier dit indirectement que pour la qualité des freins on verra ça plus tard.

Trottinettes, la France se pose les mauvaises questions

Les personnes engagées dans la promotion des modes actifs ne peuvent qu’être inquiètes d’une telle décision. Elle part sûrement d’un bon sentiment, elle oublie que les distances en milieu rural sont les mêmes qu’en ville et que si le vélo y est si peu utilisé c’est notamment parce que les routes principales sont dangereuses. 

Cependant cela n’est pas aussi simple, les « exclus du transport » ont parfois besoin de l’automobile, nous faisait remarquer le Forum Vies mobiles en février 2020, pendant que le vélo s’engage dans la révolution des véhicules légers (voir ici en février 23).

> Le Monde daté du 25 juin donne la parole à quelques jeunes dans l’article Le permis de conduire, symbole de fractures territoriales et sociales. Aux réelles difficultés de se déplacer les jeunes ajoutent souvent que ce n’est pas tant l’âge qui gêne que le prix du permis et de la voiture. Traduisons par « A raisonnement abrité par des modes de représentation anciens ne peuvent que répondre des solutions bancales et qui aggravent la situation« .

Quel dommage qu’on ne promeuve pas plus les véhicules intermédiaires en lieu et place des engins démodés du 20eme siècle ! Voir par exemple le bouquin de Aurélien Bigo Voitures pour comprendre tout le mal qu’on doit en penser, et  Les véhicules intermédiaires : l’avenir de la mobilité ? paru le 20 avril 23 dans Bonpote.

Ajout du 5 juillet :
En Suède, les adolescents peuvent conduire dès l’âge de 15 ans. Le Monde, 5 juillet 2023. Les jeunes conducteurs doivent brider leur voiture à 30 km/h. Mais la hausse des accidents provoque des débats sur l’opportunité de mieux réglementer cette exception suédoise.

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Bertrand
8 mois

Les problèmes de transport de la jeunesse rurale font un excellent cache sexe des intérêts de la filière automobile.

promeneur
8 mois

(1) Quelle jeunesse rurale peur s’acheter une voiture ? A 17 ans très peu travaillent. Les parents ? Peu de parents ont les moyens d’acheter une voiture à leur enfant. Les 10 % les plus riches ? En plus parmi les parents, certains refusent de faire courir un risque à leur enfant. Ne parlons pas du prix du permis de conduire et la surprime de l’assurance.
(2) La question est de bien définir le besoin de la jeunesse rurale
. Rejoindre son établissement scolaire (collège, lycée, université), rejoindre ses copains pour une quelconque activité ? Pour ces objectifs le vélo, le cyclomoteur, le scouteur (limités à 45 Km/h) suffisent.
(3) Le mieux pour les enfants est que le domicile familial soit en ville. Tout est à portée de main. Pas besoin d’un véhicule, on va à pied, à vélo, en transport en commun. En bonus, durant leurs études ils restent chez papa et maman, ce qui augmente leur chance de réussite scolaire.

Bertrand
8 mois
En réponse à  promeneur

Derriere la jeunesse rurale, il y a tous les fils à papa de centre ville et du périurbain chez qui les voitures sans permis sont déjà le truc à avoir pour flamber devant les copains. Le marché il est là ! Et on ne va pas autoriser le permis à 17 ans sous conditions d’éloignement de la ville / du lycée. Ce sera pour tous, y compris dans des lieux ou il y a déjà trop d’enclumes.

Adrien
4 mois
En réponse à  promeneur

(1) La plupart, en fait. Les voitures d’occasion ne sont pas chères (et moins que les sans permis). J’habite à la campagne, la vraie (pas le péri-urbain), et les jeunes ont quasiment tous une voiture à 18 ans, voire avant. Dans certaines familles, ils la conduisent déjà quelques mois avant d’avoir le permis. Au départ, ils font la conduite accompagnée, puis ils commencent à se déplacer seuls sans leur accompagnateur…

(2) Il y a beaucoup de « rejoindre ses copains », effectivement. Mais il y a aussi le besoin d’aller au travail. Tous les jeunes ne font pas d’études. Le scooter, ça a ses limites, quand il faut partir travailler à 6h du matin sous la pluie et dans le froid. Je l’ai fait à vélo, quand j’habitais en ville, mais je ne le ferais pas en scooter sur une route de campagne. Si j’étais parent d’un jeune adulte, je préfèrerais le voir conduire prudemment une voiture, que de risquer de se faire renverser par les camions en scooter sur une départementale (c’était arrivé à mon frère en Mobylette).

(3) Oui et non. Je suis cycliste urbain dans une ville moyenne, où j’ai vécu à temps plein quelques années avant de revenir dans mon village d’origine. En interrogeant les très nombreux cyclistes que je connaissais (car j’étais très impliqué dans les associations de cyclistes), j’ai constaté que la quasi-totalité avait le même parcours que moi : une enfance à la campagne, qui avait permis un réel apprentissage de la maîtrise d’un vélo, puis une migration vers la ville à l’âge adulte pour les études. Les seules exceptions (enfance en ville) venaient de pays étrangers (Allemagne, Pays-Bas, Chine…) ou de générations plus âgées que la mienne (j’ai 40 ans), qui avaient connu des villes avec un peu moins de voitures. Finalement, le vélo n’apparaissait pas comme un truc de citadins (biberonnés aux transports en commun depuis toujours) mais comme un truc d’enfants de la campagne devenus adultes en ville. Bon, je pense que ça évolue et que de plus en plus de vrais citadins se mettent au vélo. Mais certains ont un manque d’aisance qui fait vraiment peur.

J’ai eu la chance de grandir à la campagne. On pouvait jouer dans la rue (et c’est toujours possible). Je plains les enfants des villes enfermés dans leurs appartements. Il est urgent de développer les zones de rencontres (ou totalement piétonnes) dans les zones résidentielles des villes, pour que cela soit pareil…

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