Dans le département de l’Oise, des voies vertes conçues sans vélo

Inauguration de la voie verte du Pays de Valois, et alerte sur un passage de véloroute à 16%.
Une avalanche d’approximations au détriment des cyclistes.

Déposée en 1954, la voie ferrée reprend vie entre Antilly et Mareuil sur Ourcq. C’est après mûre réflexion, entamée il y a 20 ans grâce à une étude du CAUE, que les choses se sont concrétisées. Le défrichement réalisé en octobre 2015, l’inauguration de la voie verte du Pays de Valois a eu lieu le 30 septembre 2017.
Les 18 km de cette voie desservent 9 communes, et sont reliés à la gare de Mareuil sur Ourcq (D. 936, entre Meaux et Villers-Cotteret) par une petite piste cyclable d’un mètre de large environ, ménagée le long de la route. La voie verte est large de 3 mètres et passe dans des paysages variés de forêt et de cultures. Elle est très agréable malgré la déclivité ferroviaire présente dans chaque sens.

Une voie verte qui ne connait les usagers que de loin
C’est un bureau d’ingéniérie qui a reçu mandat pour la conception et la réalisation, et cela se voit1. Le revêtement est parfait, si ce n’est lorsque le ruban passe sous des chataigniers qui auraient pu être évités grâce à quelques courbes, puisqu’il y a la place2.

Mais la voie est-elle vraiment destinée aux cyclistes ? Sans signalisation de lieu ni de direction, avec des passages aux barrières (y compris pour de simples minuscules accès à des chemins d’exploitation!) de 90 cm, on s’interroge 3.4

Accès contrôlé avec soin ! Arbres des deux côtés, passage de 90 cm …

Cette voie verte est un peu dans le vide, même pas correctement raccordée aux chemins de fer (acceptable à Crépy en Valois, faible à Ormoy). Un lien avec le canal de l’Ourcq, qui passe à 300 mètres de Mareuil, mais n’est aménagé que de Paris à Claye-Souilly, aurait un fort pouvoir attractif, tout comme, à l’autre bout, un raccord avec la véloroute des Pèlerins (EV3 ou Scandibérique). On aurait même là une bien belle boucle, qui intéresserait pas mal de citadins désireux de s’aérer quelques jours, déplore-t-on à CyclotransEurope.

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Le lendemain sur l’EV3, contestation d’un choix non cyclable et non réglementaire
A l’occasion de cette inauguration, la délégation locale de l’AF3V a parcouru une partie du tracé non encore aménagé de l’EV3, passant notamment par la Chaussée Brunehaut (parfaitement non cyclable pour moi, depuis paraît-il son récent rechargement en gros cailloux). Les associations connaissent par coeur leur territoire, c’est une de leurs richesses qui vaut de l’or.

Mairie de Néry, seule mairie où un élu reçoit la lettre en mains propres.

L’AU5V a remis à chaque maire (ou à leur boîte aux lettres)5 une missive lui demandant de soutenir le tracé prévu, et non celui que le Département s’apprête à officialiser. Ce dernier tracé existe déjà, passant par Pontpoint6, mais avec sa pente de 16% il n’est évidemment fréquenté par aucun cycliste, bien que sur la véloroute Paris-Londres, racontent Eric Brouwer et Thierry Roch, de l’AU5V. Les rares cyclistes qu’on y voit tiennent leur vélo à la main, dans les deux sens, ajoutent-ils. Le tracé proposé par l’AU5V fait 4% de pente, figure au schéma national des véloroutes et voies vertes tout comme au schéma de la Picardie et même dans celui du département de l’Oise7, détaille la lettre. Il passe notamment par la vallée de la Douye, sur un chemin en contrebas de Néry.

Un beau tapis bien épais de cailloux dorés !

Qui les conseille donc ? L’architecte des Bâtiments de France, qui imposa, près de Senlis, qu’un beau revêtement de goudron soit recouvert d’un épais tapis de cailloux dorés, le rendant illico non-cyclable ? Ce devait être la sortie de l’euro-véloroute n° 3 vers la forêt d’Ermenonville et, à 10 km, vers l’Île-de-France… fait remarquer Erick Marchandise, de l’association CyclotransEurope. Et quel dommage de perdre ainsi une belle occasion de faire venir du monde, doivent penser nos élus.

En gros plan. Vous rouleriez là-dessus à vélo ?

Quel dommage aussi de faire avec des livres8 pleins la tête et rien sous les pieds, hormis les ors des Valois !

Et à proximité : des exigences environnementales et patrimoniales pour une voie verte qui fait 3 m de large -pour des piétons et des cyclistes- plus importantes que celles qu’on a pour une route et une autoroute à l’impact autrement plus important en largeur d’emprises et en nuisances.

—Notes—

AU5V, Association des Usagers du Vélo, des Véloroutes et Voies Vertes des Vallées de l’Oise.
CyclotransEurope, EV3, de Trondheim à Saint-Jacques de Compostelle.

  1. SEGIC ingéniérie, Secteurs d’activité : • Air : Pollution, Traitement de l’air • Cadre de vie : Aménagement, urbanisme, Bruit, acoustique • Eau : Assainissement • Milieu naturel biodiversité : Ingénierie, étude, recherche. / Descriptif de l’organisme employeur : Etudes et maîtrise d’oeuvre d’infrastructures, voirie, réseaux et équipements d’exploitation, en milieu urbain dense comme en milieu naturel sensible. Notre activité inclut les études environnementales liées à ces opérations sous forme d’études portant sur des thèmes spécifiques : bruit (mesures in situ et simulations sur modèles mathématiques), air, faune-flore, eau et milieux aquatiques, socio-économie, documents d’urbanisme, …; d’ élaboration de dossiers règlementaires (études d’impact, DUP, Loi sur l’Eau …); de participation à des actions d’ information et de communication. (Source : offre de stage, 2007)
  2. Pour les ignorants en matière de vélo : les châtaignes donnent des épines que les pneus craignent.
  3. 90 cm de large pour passer, c’est-à-dire exactement ce qu’il faut si on ignore qu’un vélo ne roule jamais tout droit pile en face et que son guidon va se trouver à la hauteur de la barrière. Il reste 5 centimètres de marge de chaque côté s’il ne s’agit que d’un vélo de route au guidon étroit. Avec un guidon de VTT, normalement ça ne passe pas.
  4. C’est le même concepteur pour les voies vertes dans l’Essonne ! m’informe un lecteur. Il n’est que les vélos robustes de type VTT à pouvoir emprunter sans dommage le tracé dit cyclable (et en espérant pas trop de boue) ! (note du 5 oct.)
  5. Les mairies visitées sont Compiègne, La Croix-St-Ouen, St-Sauveur, Béthisy-St-Pierre, Néry, Raray, Brasseuse, Villers-St-Frambourg, Chamant et Senlis, ainsi que l’Agglomération de la Région de Compiègne et la Communauté de Communes du Pays de Senlis.
  6. Ponpoint se trouve au sud de Pont-Ste-Maxence, dans la 8° étape du guide Paris-Londres de Chamina.
  7. Le chemin à 4% est inscrit en priorité 1 au Schéma Départemental des Circulations Douces de l’Oise, approuvé en 2010 en concertation avec les usagers, ouvrant ainsi droit à un co-financement départemental et régional.
  8. Par “des livres pleins la tête” j’entend des guides des services de l’Etat, des fiches techniques d’aménagement et des catalogues de vélos.
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8 thoughts on “Dans le département de l’Oise, des voies vertes conçues sans vélo

  1. Les voies de halages du canal de l’Ourcq, dès qu’on arrive en Seine-et-Marne, ne servent presque à rien (quelques pêcheurs, peut-être ?). À côté du très beau travail accompli côté Seine-Saint-Denis, la comparaison est évidente. Pourtant la Seine-et-Marne a longtemps été contrôlée politiquement par des gens d’exception comme Jean-François Copp…

  2. Les barrières mises en place sur cette nouvelle voie verte sont en effet une dépense qu’on aurait dû et pu éviter : au mieux, aucun dispositif anti-intrusion n’était, n’est et ne sera nécessaire ; au pire, une simple demi barrière aurait été assez efficace, seulement si l’usage aurait montré qu’une simple signalisation verticale était insuffisante…
    Pour le canal de l’Ourcq, il suffirait d’un simple arrêté de circulation de la Ville de Paris (à qui ce canal appartient…) pour lever l’interdiction de circulation des vélos sur le chemin de halage / service.
    M. Najdovski, si vous lisez ces lignes, vous pouvez créer 86 km de belle voie verte d’un petit geste…

  3. Ce que l’on observe dans l’Oise, on peut également le voir dans d’autres départements comme la Saône et Loire où le Grand Chalon vient d’inaugurer plusieurs équipements le mois dernier. Un cycliste attentif, qui connaît le terrain, aurait proposé d’autres tracés moins onéreux et moins inondables. Á se demander si on ne fait pas la course aux km de voies cyclables.

  4. Même si la circulation sur le chemin de halage à partir de Claye Souilly est interdite, de nombreux vélos y circulent sur un revêtement acceptable et sans qu’ils soient verbalisés (à ma connaissance). Il est donc possible d’aller jusqu’au début du canal de l’Ourcq (104 km) à vélo.

    • “Nombreux”??? Sûrement pas, car la qualité du sol, non revêtu, fait baisser la vitesse de 50% environ. Je l’ai pratiqué, à vélo de randonnée (pneus de 32), de Claye-Soully à Meaux, parcours qui donne un aperçu marquant de l’immense intéret que cet axe aurait.

  5. Les ABF seraient-ils des ennemis tout désignés pour les cyclistes ?
    Ils mettent pas assez de bâtons dans les roues de la mairie de Paris quand elle veut aménager des pistes cyclables sur certains axes prestigieux pour qu’ils sévissent de la pire des manières à Senlis ?

    • Il peut arriver que désigner un ennemi mystérieux aide à cacher certaines faiblesses. Autrement dit, avoir un ennemi tout désigné peut rendre (parfois?) quelques services.

  6. Pourquoi ne pas permettre aux cyclistes d’emprunter le GR11 à partir de Mareuil sur Ourcq permettant une continuité de la nouvelle voie verte du Valois?

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