Epinal, la ville qui garde ses autos

dscn8572Nous n’avons pas interdit les autos au centre-ville, et nous avons bien fait, me dit Patrick Nardin, le 1er adjoint au maire d’Epinal …

Après vous avoir décrit Epinal, j’y reviens avec le point de vue de ses responsables politiques.1 Comme en écho au livre d’Olivier Razemon (mais avant sa parution), M. Nardin, le premier maire adjoint d’Epinal, en charge de l’urbanisme et des déplacements, me dit que l’équipe municipale se félicite de ne pas avoir interdit son centre-ville aux automobiles. Cette remarque évidemment me surprend parce que, comme nous l’avons vu, le centre-ville est très piétonnier et que les rues qui le contournent se traversent facilement. Alors, qu’est-ce que ça veut dire ?

D’abord je me souviens d’un précédent passage par la ville, il doit y avoir une vingtaine d’années, où la densité automobile m’avait fait passer mon chemin sans même un regard. Il faut reconnaître que la configuration de la ville ne facilite rien en ce domaine, en deux longueurs qui se croisent, l’une de vallée, l’autre de part et d’autre d’une langue rocheuse sur laquelle ont été édifiés château et parc. Nous sommes presque en pays de montagne. Aujourd’hui cependant le centre-ville a été allégé d’une grande partie de sa circulation, grâce au nouveau plan de circulation qui n’oblige plus à passer en ville et favorise le contournement. 
Ceci, avec la baisse du nombre de voies traversantes et à leur rétrécissement, nous donne ce centre-ville si calme et pas du tout désert… et donne envie de rester plus longtemps !

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Pour commencer, une vision d’ensemble, et un acte fondateur
La réflexion a commencé avec un PDU, dès 19992, qu’a voulu la Ville alors qu’elle n’était concernée par aucune obligation.
L’acte fondateur quant à lui aura été la passerelle, qu’il a fallu imposer. Elle ne sert à rien, disait-on, il y a déjà deux ponts tout près. C’est vrai si on parle en automobiliste, mais cette passerelle est piétonne, belle, abritée, et pile dans l’axe des deux quartiers à relier, élargissant ainsi le centre-ville. Les actes fondateurs sont toujours des coups de force.

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La requalification du centre-ville est en cours depuis au moins 10 ans, confiée par tranches à des équipes d’architectes différentes choisies sur concours. C’est sans doute pour cela que personne n’a jamais été capable de me donner le nom de l’auteur de ces merveilles. J’ai déjà décrit ce centre-ville dans un article3, mais dois encore souligner que le centre d’Epinal semble très vivant, en tous cas bourré de restaurants et cafés, mais aussi de pharmaciens, opticiens, marchands d’habits, assureurs, banquiers, pâtisseries, marché couvert … Rien à voir avec certains patelins où le visiteur n’a d’autre ressource que de se replier au restaurant de son hôtel sur la rocade.

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Les entrées de ville ont aussi commencé à être améliorées, j’avais surtout présenté l’une d’elle, au nord. Il en reste deux à traiter. Cette année vont être dégagés les abords de la basilique, juste derrière la place des Vosges, le concours d’architectes est en cours. Cela étendra cette zone si subtilement traitée et si élégamment agréable. Olivier Razemon n’a jamais dit qu’il fallait chasser l’auto du centre. Il faut certainement la domestiquer, mais pas l’envoyer en périphérie!

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Le plan vélo avait commencé avant, mais avec moins d’ambition
Avec un centre-ville si accueillant, le plan vélo prend une dimension particulière. Il a pourtant commencé en premier, dès la fin de l’ère Seguin, et est, étrangement, établi en interne. Quelques liaisons ont été réalisées, notamment celle qui traverse la ville parallèlement à la rivière. Elle fonctionne assez bien, mais ne se voit pas. Elle est faite de bric et de broc, passe dans un parking, sous une route, sur des trottoirs, dans le jardin de la Maison romaine (datant de la fin du 19° siècle!), sur un chemin piétonnier, dans un joyeux désordre; elle est charmante, pas rapide, mais a-t-on besoin de se précipiter ? Il y a aussi, dans la continuité de chaque côté, les pistes cyclables du canal, supports de la véloroute Charles-le-Téméraire. Tout ça finira par être fléché, de même qu’il est prévu l’éclairage du passage en ville.

Une autre liaison monte au camping par le sud du château, par une piste incomplète. Elle permettrait presque d’aller au parc à plat, manque un double-sens cycliste, je crois. De l’autre côté c’est celle de la médiathèque et de la patinoire, que j’ai longuement admirée. En-dessous, quelques micro rond-points très malins, qui visent à empêcher les automobilistes d’aller tout droit sans l’avoir clairement décidé, ou, autrement dit, qui fait perdre la priorité à tout le monde. M. Dominique Andrès, l’adjoint chargé de la circulation, m’explique qu’il est question d’abattre quelques maisons pour gagner de la place (la vallée est étroite, il faut le reconnaître) et faire de belles choses.

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Enfin, les arceaux se sont multipliés en l’espace d’un an, avec une règle très simple : on équipe tous les lieux recevant du public. Pour le stationnement résidentiel l’idée est de solliciter les parkings automobiles, en commençant par celui de la gare, ce qui pourrait aussi être fait cette année.

Avec la voie verte, les maisons du vélo, les fêtes du vélo, bientôt la semaine fédérale de la FFCT (en 2018), et la présence des cycles Moustache, Epinal respire de plus en plus le vélo et en mesure l’intérêt. Son ambition pour le vélo augmente ! Un signe des temps, la direction de la plus grosse papeterie locale voudrait que ses employés viennent à vélo, et a sollicité la communauté de communes pour l’aider à y parvenir.

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« Epinal, la ville qui garde ses autos (mais partage efficacement l’espace)« , comme résume Amaury Ruillere, consultant en mobilité (@aruillere).

— Lire aussi —

— Notes —

  1. Je profite de cet article pour vous montrer des nouvelles photos, qui ne remplacent pas les premières !
  2. Philippe Seguin a été maire jusqu’en novembre 1997, c’est donc à son successeur, Michel Heinrich, que l’on doit le renouveau urbain actuel.
  3. J’ai aussi publié deux photos d’Epinal en bas de l’article Qui connaît encore le code de la route?
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2 réflexions au sujet de “Epinal, la ville qui garde ses autos”

  1. Fut un temps où on a fait rentrer les voitures en ville comme autrefois les chars à banc, aujourd’hui on réalise qu’elles sont encombrantes voir polluantes alors on voudrait faire l’inverse. Du coup tous les moyens sont bons même les plus radicaux. C’est ainsi que les grands parkings deviennent des esplanades et que non loin de là on construit une fosse avec plusieurs niveaux (pour cacher ces voitures que l’on ne veut plus voir?).
    Alors qu’aux abords de la ville il y avait moyen de créer un espace parking et d’établir une navette peut-être gratuite jusqu’à concurrence du coût d’un parking souterrain par exemple. C’est vrai ce n’est pas de l’incitation à l’abandon de la voiture, mais on pourra encore longtemps en débattre.

  2. Voilà une vision intéressante de l’aménagement d’une petite ville. C’est vrai qu’au quotidien on n’a pas besoin d’une voiture dans la ville, et pas envie de subir les voitures des gens qui ne l’ont pas compris. Par contre, les rares fois où on a vraiment besoin d’aller dans la ville avec sa voiture, on est quand même bien content que ça soit possible. Je suis déjà passé plusieurs fois par Épinal pour aller de la Franche-Comté à la Lorraine, en suivant la Véloroute Charles le Téméraire. Mais hélas la véloroute ne fait que passer à proximité de celle-ci sans y entrer.

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