Le commandant Maurice Hurel (1896 – 1982), ingénieur de légende du monde de l’aéronautique, fut l’un des novateurs de l’aéronautique française via ses travaux sur les ailes à grand allongement. Il a consacré ses dernières années à la réalisation d’un avion à propulsion humaine, dans le but de remporter le Prix Kremer. Celui-ci visait à récompenser le premier vol à propulsion humaine réalisant un parcours en huit entre deux marques espacées d’un demi mile et avec le franchissement d’une altitude de 10 pieds (3 mètres).

Dominique Perruchon, grand connaisseur de l’aviation, à fortuitement été un proche du pilote désigné pour l’envol de cet avion à pédales baptisé l’Aviette. Ce nom a été choisi en référence au nom d’un concours où s’affrontaient les premières bicyclettes volantes au début du 20ème siècle.
L’oubli ayant fait son oeuvre, il s’est investi dans une très longue enquête, initiée en 2007 et achevée en 2025 avec la réalisation de deux films exclusifs et très documentés. Le premier évoque la période connue entre 1970 et 1974, tandis que le second révèle l’année 1975 et les dernières tentatives, suivies de la triste décision d’abandonner tous les espoirs.

Dans le premier film vous découvrirez la conception et la réalisation de l’avion, par un travail qui reste exceptionnel. Cet avion révolutionnaire volait sans carburant mais nécessitait pour le pilotage des qualités humaines hors-normes, tant sportives que scientifiques.
Cela vous rappellera sûrement les essais réalisés par l’université de Bordeaux et décrits ailleurs dans ce blog. En effet l’aviation à pédales est toujours d’actualité, bénéficiant des enseignements de l’Aviette parmi d’autres machines.
Le second film met en lumière ce qui a été vécu dans le silence médiatique total de l’année 1975. L’avion ne parvient toujours pas à être piloté conformément aux données théoriques, tant l’effort physique qu’il réclame est considérable. L’auteur du film démontre que l’option du pilote en position classique (« debout ») et le pilotage sur trois axes, finalement retenus contre l’autre façon de faire pourtant déjà documentée, rendait impossible le succès. Les actuelles machines, avec pédalage assis et pilotage simplifié sur deux axes, elles, ont su en tirer la leçon.

Dominique Perruchon a rencontré, écouté, questionné, été vers toutes les personnes ayant touché de près ou de loin à cette histoire. Ses enquêtes donnent à écouter le témoignage unique et complet d’une aventure hautement incroyable, aventure vécue sans aucun autre financement que celui d’un homme seul qui va pratiquement se ruiner, et le travail d’un autre solitaire qui va entreprendre dans son HLM la construction d’un avion qui sera plus grand qu’un Boeing de l’époque !
Si vous pensez que visionner deux films est long, le premier de 46 minutes et le second d’une heure quarante six, vous feriez une erreur en ne les regardant pas attentivement. En effet vous allez accéder à des documents, des plans et des photos d’alors, à une histoire magnifique et trop inconnue, et peut-être à un secret d’Etat. Vous allez entrer dans ce que la passion humaine permet de plus grand. Le commandant Hurel, présenté plus haut, et Jacques Martinache, l’animateur du club d’aéromodélisme de Champigny-sur-Marne, méritent qu’on ne les oublie pas.
Cette présentation, qui reflète faiblement le contenu de ce que vous allez voir,
a été écrite avec l’aide de Dominique Perruchon, sans qui je n’y serais pas parvenue.
Toutes les illustrations proviennent du film.
Voir les films


Des questions demeurent : Pourquoi, quand de telles réalisations voient le jour, personne ne les aide ? Pourquoi a-t-on laissé passer une telle chance de voir l’aviation se libérer largement des carburants fossiles ? Pourquoi a-t-on fait le mauvais ultime choix ? Pourquoi n’a-t-on pas donné au moins le dernier coup de main ? Pour quels intérêts ?
N’est-il pas temps de voir renaître l’aviation à propulsion humaine ?
— En Europe, le transport aérien a battu son record d’émissions de CO₂ en 2025, selon l’ONG Transport & Environment. Le Monde, 7 mai 2026.
–– La navigation de cargos commence à se faire grâce à des moyens non consommateurs de matières fossiles, nous l’avons vu pour la COP30Bikeride. A son tour Actu-environnement nous informe le 15 mai qu’une loi en ce sens est en cours d’adoption : « L’Assemblée nationale a adopté, à l’unanimité, la proposition de loi visant à accélérer le développement du transport vélique pour répondre à l’enjeu de la décarbonation du transport maritime. »
— Jean-Marc Jancovici va-t-il mettre le Shift project sur le sujet ? Son rapport Pouvoir voler sans pétrole s’intéresse avant tout à d’autres carburants et à une réduction du trafic.
On parle d’avions à pédales sur ce blog depuis au moins 2015
▶️ Un avion à pédales fabriqué à l’université de Bordeaux, août 2015
▶️ Un congrès d’avions à pédales, juin 2018. Les avions sans carburant fossile existent et battent des records. La conférence internationale sur les avions et véhicules à propulsion humaine a permis de faire le point, et de penser leur place dans la société.
▶️ Les avions peuvent s’affranchir de (presque) tout moteur, juin 2022. Le point sur les avions solaires et les avions à pédales





Vu et écouté ce lundi matin le premier film… Grand merci Isabelle, film très émouvant en plus d’instructif.