Un nouveau code de la rue pour Paris, qui va faire pschitt

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Tout le monde se plaint de tout le monde, et tout le monde en veut aux cyclistes, même les cyclistes entre eux. La faute à la nouveauté, à l’espace manquant, ou aux aménagements mal faits ? Toujours est-il que la mairie de Paris a pensé qu’il lui fallait rappeler les règles.

Au début était une problématique mal identifiée

La maire de Paris l’avait annoncé le 10 janvier vers la fin de son long discours de vœux aux employés et élus de la Ville.

Lors de la soirée de lancement, le 30 mars, dans la salle des fêtes de l’Hôtel-de-Ville presque vide, je sentais mal l’affaire. Personne ne semblait bien savoir ce que l’on cherchait à faire et les interventions portèrent tantôt sur le respect des règles, sans jamais se demander si elles étaient bonnes, tantôt sur la qualité des aménagements, ce qui ne fait pas partie du code de la route ou de la rue.

David Belliard, l’adjoint aux transports et à la voirie, parla de cohabitation nécessaire entre modes, les plus forts devant respecter les plus faibles. Anne Hidalgo, la maire, évoqua la responsabilité de chacun et le respect des règles, indiquant qu’elle ne traversait jamais hors des clous … ce qui est pourtant autorisé bien qu’il n’y ait plus de clous. 

L’un déclarait que le Code de la rue serait une « charte de bonne conduite » pendant que l’autre disait qu’il n’en serait rien. Une dame finit par faire remarquer que les transgressions étaient bien partagées, et un monsieur qu’elles étaient bien acceptées aussi. Un autre fit valoir que les piétons avaient pris l’auto pour ennemi, maintenant ils ont le vélo, et ensuite on verra. 

Jamais on ne s’est demandé qui râlait, à cause de quoi exactement, ni pourquoi cela arrivait-il.

Le 18 avril je participais par visioconférence à une « audition » où nous étions moins de vingt et où l’on parla de « pacte » et de modification de l’espace public. Sensibiliser, aménager, sanctionner sont apparus comme un programme ou une méthode.
On parla adéquation des aménagements, et l’on nous donna la liste des 4 sources principales de danger pour les cyclistes, angles morts des gros véhicules, portières, tourne-à-gauche à vélo et circulation de nuit, rien qui relève vraiment d’un code de la rue, ni de la route.
On envisagea aussi de ralentir les cyclistes à l’abord des passages piétons par des petits dos-d’âne, ou de bien séparer les modes de déplacement, réinventant le laniérage si peu « urbain » sans se préoccuper du moment de la rencontre.

La conclusion fut qu’il fallait établir une hiérarchisation dans les infractions. 

Quelques temps après les mairies d’arrondissement recevaient la demande de faire connaitre les lieux de conflits qui pourraient être imputés à des aménagements mal pensés. Le 15eme en envoya une trentaine, dont certains sources de conflits mortels, et n’en a plus jamais entendu parler. Ce soir la maire a dit qu’on s’en occupait. 

Code de la rue ou charte de l’espace public ? 

Une dizaine de villes françaises ont déjà un code de la rue qui, en gros, est un choix dans les règles du code de la route. Toulouse y travaille. L’association 2P-2R demande que l’on parle concret et que l’on parte du vécu, que le code soit rédigé clairement avec des illustrations, qu’il concerne tous les modes de déplacement ou transport, qu’il complète le code de la route en s’attardant sur les comportements. 

Code de la rue, ou charte de l’espace public, comme suggère le magazine en ligne Village justice ? En effet, souligne-t-il, pour correspondre aux besoins spécifiques de la capitale, le code de la rue pourrait faire naître de nouveaux « aménagements ».  C’est exactement ce qui se passe.

Que contient ce code qui devrait être approuvé jeudi prochain 6 juillet par le Conseil de Paris ? 

Il s’articule sur 6 principes :

  1. Les piétons, priorité numéro 1 !
  2. Protéger les personnes vulnérables ou ayant des besoins spécifiques
  3. Réduire drastiquement les dangers au volant
  4. Mieux encadrer les vélos et les nouvelles mobilités
  5. Prévenir, dissuader et sanctionner avec la Police municipale
  6. Mobilisation générale, tous concernés !

La maire de Paris s’engage à mieux faire ce qu’elle est censée faire, à savoir aménager la voirie, élargir les trottoirs, piétonniser devant les écoles (ce qu’elle fait bien), user davantage des zones de rencontre et aires piétonnes (dont personne ne connaît les règles !). Elle reprend la chanson Sensibilisation, aménagement, sanction et édicte 12 règles de valeur très diverses et s’adressant aux uns et aux autres sans que cela soit précisé. Qui doit ne pas s’engager dans un carrefour encombré, par exemple ? 

Dès le 1er chapitre de ce code de la rue on trouve des imprécisions graves, une photo d’un camion ouvert bien calé sur une piste cyclable, une autre où l’on voit une auto en attente de pompe à essence bloquant une piste cyclable, toutes deux avec pour légende Stationnement interdit, alors qu’il s’agit d’arrêts. Espérons qu’on ne parlera que d’aménagements ou de comportements, et ni de code ni de règles ! 

Si la Ville vise bien les nuisances dues aux véhicules motorisés, le chapitre 4 a pour titre Mieux encadrer les vélos et les nouvelles mobilités, ce qui est déjà un mélange d’objets bien différents.

La Ville prend acte de l’erreur des pistes sur trottoir, alors qu’elle n’en fait plus, souhaite une meilleure formation des chauffeurs de bus, taxis et VTC, prône le port du casque au-delà de 12 ans, tous points sur lesquels elle n’a pas de pouvoir.

Certains journaux ont vu (moi pas) que l’on pourrait mettre fin aux « M12 » (droit de tourner à droite aux feux rouges) sans nous dire qu’ils ont été posés uniquement là où l’infraction était commune et sans jamais d’accident. Alexis Frémeaux, président de Mieux se Déplacer à Bicyclette, commente dans Marianne : « Cela va remettre en infraction des comportements de mise en sécurité des cyclistes. La mairie de Paris devrait réfléchir à deux fois avant de prendre une telle décision. Au lieu de faire de la pédagogie, c’est choisir la solution de facilité. »  Pierre Chasseray se demande pourquoi toute cette histoire « alors même qu’il suffit simplement de respecter le Code de la route ? »

Concernant « le code » d’ailleurs, il est très largement ignoré de tous, du cycliste comme de l’automobiliste qui ne comprend pas le régime de priorité avec les pistes à double-sens, comme le policier qui ignore la notion d’aire piétonne (autorisée aux cyclistes) ou de zone de rencontre. Evidemment c’est plus grave, il n’a été écrit qu’avec le prisme de l’automobile, dans le but d’organiser la circulation. 

Couverture du document

Un texte qui ne contient rien que de très banal   

« Finalement, le « code de la rue » est-il une action de communication ponctuelle ou un projet global ? » se demande encore Village-justice. « En attendant, il pourrait être bon de revoir notre code de la route (. …) Comment fluidifier toutes les mobilités ? Peut-on intégrer des solutions nouvelles à des règles qui sont dépassées par les usages ? A quand notamment le déploiement de feux véritablement intelligents qui laissent passer les piétons, les voitures et les autres véhicules en fonction du trafic réel ? On pourrait par exemple donner la priorité aux piétons aux feux, mais ne pas interrompre les voitures quand il n’y a pas de piétons. » Et autoriser les piétons à faire ce qu’ils font déjà largement, traverser au vert s’il n’y a pas de voitures ?

Ariel Weil (maire de Paris-centre), Anne Hidalgo (maire de Paris), Nicolas Nordman (adjoint à la Sécurité), David Belliard (adjoint à la Voirie et aux Transports), ce 28 juin 2023

Ariel Weil, le maire PS de Paris-centre qui recevait la conférence de presse, s’est lui aussi félicité de cette « opération de communication ». Il a renchéri sur la « priorité aux piétons », se félicitant que la rue du Renard (derrière Beaubourg) ait été réaménagée autant pour les piétons que pour les cyclistes. 

Pour les Républicains parisiens, c’est « un recueil de vœux pieux, de mesures existantes, de règles inscrites dans le Code de la route ». 

S’ils aimeraient qu’on mette fin au climat « d’impunité généralisée à l’égard des cyclistes et utilisateurs de trottinettes auteurs d’infractions au code de la route », ils réclament aussi que l’ensemble des bennes de collecte des ordures et autres poids lourds de la ville soient équipés de dispositifs anti-angle-morts. Ils souhaitent également des zones sans cyclistes et des ralentisseurs à vélo à l’approche des passages piétons à forte fréquentation, faisant en cela équipe avec la gauche. Le groupe Changer Paris (leur nom local) demande d’éviter à l’avenir les pistes bidirectionnelles « qui sont dangereuses pour les cyclistes qui se croisent et les piétons qui traversent ». Le groupe demande aussi un audit des aménagements avant leur mise en service. Rudoph Garnier, élu du même groupe dans le 18eme, souligne encore que l’entretien de la voirie est très insuffisant. 

Quand à Alexis Frémeaux il décrit ce Code de la rue comme étant un complément de civilité au code de la route. Lors des changements il faut s’adapter, et ce code peut faire oeuvre de pédagogie, sans faire d’amalgame entre incivilité et danger, explique-t-il. Il se plaint évidemment des mauvais aménagements comme la place de la République où les zones ne sont pas bien identifiées. 

Alors au total ? Pas grand’chose probablement. Quelques remontrances payantes au prix camion1Allusion au fait que camion, SUV, moto ou vélo, le prix est le même : 90 euros le feu brulé., quelques petits boudins-ralentisseurs bien casse-roues2Il y en a à Malakoff sur la coulée verte. Les cyclistes les contournent et se mettent en danger!, et puis voilà. Je soumets donc une idée : Expliquer les principales règles existantes et mettre tout le monde à vélo rien que pour qu’ils se rendent compte.

26 juin : « Le document sera discuté par le Conseil de Paris jeudi 6 juillet. On peut suivre les débats en direct via Paris.fr. S’il est approuvé, le Code de la rue sera mis en ligne sur Paris.fr le jour même. »


Le 30 juin, c’est-à-dire une semaine avant le Conseil de Parisle Code de la rue est en ligne sur le site de la Ville … avec cette introduction :
Parmi les sujets prioritaires identifiés : une meilleure sécurisation de l’espace public, un meilleur partage de l’espace public entre les différents modes de déplacement, la priorité aux piétons dans l’aménagement des rues ou encore la lutte contre les nuisances sonores des véhicules motorisés…

Pour le vélo voici les mesures décidées (rien de neuf, ça a fait pschitt !), quel que soit l’avis du Conseil de Paris, et rendues publiques sur le site de la Ville le vendredi 30 juin 2023 :

  • Plus aucune piste cyclable sur les trottoirs
  • Verbalisation des cyclistes en infraction
  • Suppression des trottinettes en libre-service effectif au 1er septembre et transformations des places de stationnement dédiées en places vélos (dont une partie pour vélo cargos)
  • Poursuivre le développement des rues réservées aux vélos3Les vélorues ne sont pas destinées à être réservées aux cyclistes, seulement à leur y donner priorité et la pédagogie liée
  • Déployer le panneau « cédez le passage » cycliste quand cela est pertinent
  • Rappeler les règles au moment de la prise de Vélib’ ou véhicules en libre-service, renforcer la formation des VTC et taxis face au développement des nouvelles mobilités
  • Accélérer la réalisation du plan vélo et généraliser les doubles sens cyclables
  • Préconiser le port du casque et d’équipements lumineux ou réfléchissants
  • Sanctionner les sociétés de chantier qui laissent des trous dans la chaussée

Voir aussi : Un P.V. à vélo
rue de Rivoli à Paris, et comme d’habitude il franchi le feu rouge de la rue Perrault, une minuscule rue où ne passe quasiment jamais personne. Arrêté au niveau du feu de la rue …

Voir aussi :
– Paris, Chasse aux deux-roues trop bruyants et passeport vélo, ce que contient le nouveau « Code de la rue », dans 20minutes, le 26 juin. Ils n’ont pas fait les mêmes choix que moi parmi les annonces, mais arrivent aux mêmes conclusions : attendons de voir.
Ce qu’en dit David Belliard, l’adjoint aux transports, dans sa lettre du 15 juillet 23 :

50 mesures qui vont de campagnes de communication à un travail de sécurisation des carrefours dangereux en passant par la généralisation du permis « savoir-rouler » pour tous les enfants à la sortie du CM2. 

David Belliard
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Thomas Tours
11 mois

« Il s’articule sur 6 principes :
[…] 3. Réduire drastiquement les dangers au volant ou Réduire drastiquement les dangers DU volant?

Thomas Tours
11 mois
En réponse à  Isabelle Lesens

Merci. Mon interprétation me semble donc bien correcte.

Lagadec, Laurent
11 mois

Une remarque concernant le stationnement : les emplacements sont désormais envahis par les engins en libre service qui prennent deux places et qu’on retrouve souvent couchés sur son propre vélo.
Une remarque concernant la police municipale : on la voit verbaliser, jamais réguler la circulation, même dans les carrefours dangereux ou rendus dangereux par les travaux en cours.

Christine Corbin
11 mois

Comme tu le dis, Isabelle, tous nos décideurs devraient faire régulièrement un tour à vélo, si possible aux heures de pointe et vérifier par eux-mêmes s’ils respectent en tout point le fameux code de la route si sécurisant…

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