Vélo-boulot = mollo

Horde de cyclistesEn France en 2015, 1,9% des personnes ayant un emploi s’y rendent à vélo. C’est peu, mais dans quelques villes il y en a beaucoup plus. Parfois-même le vélo est bien plus utilisé pour le boulot que par l’ensemble de la population pour toute autre activité.
C’est l’INSEE qui nous fait ces révélations à partir de l’enquête de recensement de 2015.


Depuis l’enquête annuelle de recensement de la population de 2015, l’Insee distingue, enfin1, les cyclistes parmi les usagers des « deux-roues »2. Les premiers résultats qui viennent d’être publiés3 concernent les trajets domicile-travail à vélo. Ils montrent qu’en France 1,9% des personnes ayant un emploi vont travailler à vélo.

Attention pour le raccourci erroné que l’on peut déjà lire par-ci ou par-là : il s’agit bien des trajets effectués par les actifs et non de la part modale du vélo parmi tous les déplacements. Cette dernière est estimée à 2,8% pour la France.

En effet, le travail n’est qu’un motif de déplacement parmi tant d’autres. La dernière enquête nationale transports et déplacements (2008) distingue dix motifs en plus du travail. Un graphique de cette enquête montre que, pour un jour de semaine, les trajets domicile-travail à vélo représentaient seulement 21% de tous les déplacements à vélo.

Motifs de déplacement

Pour les détails des résultats de l’analyse de l’Insee (âge, sexe, formation, distances,…), voir l’article intéressant paru dans Le Monde4, ou directement la publication de l’INSEE5.

Ce qui intéresse encore plus que la moyenne nationale de 1,9% des personnes qui partent à vélo au boulot ce sont bien sûr les résultats par ville … et moi et moi ? et eux ? Et dans ce cas là, le classement est vite de retour : « tout le monde adore les palmarès » dit O. Razemon, « Bordeaux dans le top 3 des villes françaises » annonce le journal Sud-Ouest.

carte vélo franceDocument trouvé sur twitter

Voici le classement de ce top 3 des villes françaises pour la part de ceux et celles qui pédalent pour aller travailler (avec entre parenthèses la part modale du vélo part rapport à tous les modes de déplacement6):

Part modale du vélo pour aller au boulot

Strasbourg : 16%  (part modale vélo totale : 15%)
Grenoble : 15,2%  (part modale vélo totale : 5%)
Bordeaux : 11,8%  (part modale vélo totale : 8%)

Ces trois villes sont suivies par : Rennes (7,3%), Toulouse et Tours (7,0%), Montpellier et Nantes (6,2%), Angers et Lyon (5,9%).

Rien de nouveau sous le soleil…
Mais en fait ce classement existait déjà …. Les Enquêtes Ménages Déplacements (EMD) de ces trois agglomérations distinguaient également les cyclistes.

Pourcentages des déplacements domicile-travail réalisés à vélo dans les agglomérations (et non les villes)

Communauté Urbaine de Strasbourg (CUS) :12,2% (en 2009)
Grenoble-Alpes Métropole (Metro) : 8% (en 2010)
Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB): 4,9% (en 2009)

Et pour relativiser tout cela il est important de noter que tous ces cyclistes qui partent à vélo au travail ne représentaient en 2009 que 0,76% de tous les déplacements dans la CUB et 2,1% dans la CUS. Ces résultats ont sûrement été améliorés depuis de quelques dixièmes d’un pour-cent.

Ceci ne veut pas dire que ce travail de l’Insee a été inutile, bien au contraire. Il sera même encore plus utile dans quelques années, lorsque plusieurs enquêtes annuelles de recensement permettront d’identifier des évolutions.

Et ailleurs ? jusqu’à 40% !
Avec cette curiosité de savoir où se situe le voisin il est inévitable de regarder un peu plus loin. Comme cela a été dit en introduction, en France 1,9% des personnes qui travaillent vont à vélo au travail, soit une personne sur vingt cinquante, 1/50 (2%) ! Au Danemark c’est une personne sur cinq (20%) et aux Pays-Bas c’est une personne sur quatre (25%).

Le bon résultat de Strasbourg avec ses 16% d’actifs à vélo peut être mis en parallèle avec les villes néerlandaises d’Amsterdam et d’Utrecht où le nombre de personnes se rendant au travail à vélo, qui est en augmentation, a atteint les 40%.

Sans vouloir atteindre ces situations, il convient de reconnaître que l’écart pourra être réduit en France… Cela nécessitera sûrement des moyens financiers, mais avant tout des décideurs motivés et convaincus. Est-ce un hasard si 63% des parlementaires danois font du vélo pour aller au travail7 ?

Horde de cyclistes

vélo par département

—Notes —

  1. Le recensement vient de passer au vélo! Isabelle et le vélo, janvier 2015
  2. Pour l’Insee les déplacements à vélo n’existent pas. Le Monde, janvier 2013
  3. Premiers résultats dans Insee1ère: Partir de bon matin, à bicyclette…
  4. Le MondeQui sont les 2% de Français qui vont au travail à vélo?
    Voir aussi :
    La Nouvelle République
    Les Tourangeaux utilisent le vélo pour aller travailler.
    LoractuA Nancy ou à Metz, le vélo pour aller au travail ne séduit pas.
    MarsactuFaute d’aménagements, le vélo reste toujours en panne à Aix et à Marseille.
    Côté ToulouseToulouse, cinquième ville de France pour aller au travail en vélo.
    MLyonDans le Rhône, 2,9% des actifs vont au travail en vélo
    Le ParisienComme Frédéric, 4 % des Parisiens vont travailler à vélo. En voiture avec chauffeur ? « Ringard » pour ce quadragénaire, diplômé du supérieur et père de trois enfants, soit le portrait-robot du cycliste parisien dressé par l’Insee.
    Le MondeStrasbourg, Grenoble, Bordeaux sacrées capitales du vélo.
    L’Humanité : Frédéric Héran, « Toutes les grandes villes prennent la voie du vélo ».
  5.  La publication de l’INSEE se trouve aussi ici : insee1ère (pdf, 4 pages). Vous y verrez que l’âge joue peu sur la pratique du vélo-boulot, contrairement aux autres modes, mais que le sexe en revanche est discriminant. Ce sont plutôt les hommes qui roulent à vélo et plutôt les femmes qui marchent ou prennent les transports publics. Par ailleurs plus vous avez de diplômes plus vous roulerez à vélo : 5% des titulaires d’un doctorat se rend au boulot à vélo.
  6. Source : Plan vélo 2012.
  7. Source : http://Cycling-embassy.dk
Print Friendly

13 thoughts on “Vélo-boulot = mollo

  1. « en France 1,9% des personnes qui travaillent vont à vélo au travail, soit une personne sur vingt »… ça ne serait pas plutôt 1 personne sur 50 ?

  2. 63 % des parlementaires danois (a priori plutôt instruits, surtout au vu du mode de scrutin proportionnel qui favorise les « poids lourds » des partis) contre 25 % de la population ; 5% des docteurs français (pas qu’en médecine) contre 2% de la population… Le QI moyen des cyclistes urbains serait-il significativement supérieur à 100 ? Nous avons tous quelques arguments pour étayer une telle inférence, aussi politiquement incorrecte soit-elle.

    • La société de consommation offre l’illusion de la prospérité au détriment de la santé, de l’environnement et des conditions de vie d’autres personnes. La voiture est un produit emblématique de la société de consommation. Elle est indispensable à tous ceux qui veulent se donner l’impression d’être « riches » et « libres ». La voiture est un aboutissement pour beaucoup de nos concitoyens.
      Il faut donc un certain « capital culturel » pour assumer le fait de s’inscrire à la marge de la société de consommation. Il est plus facile pour moi qui suis « cadre » de me déplacer à vélo (c’est souvent valorisant au regard de mon entourage) que pour une personne des classes populaires avec faible « capital culturel ».
      Pourtant, cette personne y trouverait un intérêt économique logiquement bien plus important que dans mon cas !
      Conclusion : nous ne sommes pas plus intelligents parce qu’on fait du vélo. On a juste probablement plus de recul et moins de pression sociale. Mais attention ! Aujourd’hui, il devient urgent de changer l’image du cycliste urbain/utilitaire/vélotaffeur. Tant qu’on est pris pour des « bobos », on n’est pas « désirable ». Il nous reste donc encore à trouver le moyen de convaincre les autres… et le plus vite possible !!

  3. C’est vrai que 2% c’est pas beaucoup. 3 villes dépassent la dizaine mais quand on passe sur l’agglomération ça retombe très vite. Plus de 50% de nos déplacements font moins de 5km et moins de 1 à 2% se font à vélo! Or lorsqu’on a des itinéraires sécurisés bien faits il y a ces cyclistes! Pourquoi on continue à faire des routes, des autoroutes, des échangeurs ? Souvent explicitement c’est pour faire marcher l’économie. Pour nos gouvernants le vélo c’est du loisir, du sport, c’est secondaire.
    Et comment faire pour orienter différemment les financements? Ne faut il pas changer l’image du vélo? Il reste du pain sur la planche !

  4. Concernant Bordeaux, on peut se féliciter de cette troisième place, mais il faut également la relativiser. A l’échelle de la métropole, on fait moins de vélo que dans Bordeaux même. Par ailleurs on y circule énormément en voiture : 70% de part modale, et ce dès la tranche 1-2km (enquête 2009). C’est je crois le chiffre le plus haut parmi toutes les métropoles françaises. La même enquête de 2009 révélait que les distances domicile-travail sur la métropole (ex-CUB) était en moyenne de 5km, donc probablement un gros paquet en dessous de 3 ou 4km. Cela montre que hors Bordeaux centre, une écrasante majorité de Bordeaux-métropolitains ne conçoivent pas de sortir de chez eux sans voiture, que ce soit pour aller au boulot ou ailleurs. Et ce n’est pas juste une question d’urbanisme ou d’aménagement, c’est aussi et surtout une question culturelle.

  5. C’est nous les vieux qui avons changé l’image du vélo. En mal. Pour les plus de 60 ans, souvenez vous par quel moyen de transport vous alliez à l’école.
    Inutile de dire que lorsque nous transportons nos chers bambins en voiture pour souvent à peine quelques centaines de mètres, nous ne donnons pas le bon exemple.
    Ainsi lorsque les habitudes sont prises, on cherche des incitations pour en changer. Et maintenant on compte sur nos technocrates ou nos dirigeants (qui ne sont pas toujours des exemples)…

  6. Un autre biais si on interprète rapidement les chiffres, c’est de ne pas tenir compte du seuil minimal retenu pour faire les comparaisons ! A La Rochelle, on a :
    * 8% de part modale pour le vélo sur l’ensemble de l’agglomération de l’époque (18 communes)
    * 7% sur le domicile – travail (même échelle)
    Si je ne me trompe pas (cf. infographie plus haut), c’est donc mieux que Lyon, Angers, Montpellier et même Nantes… alors qu’on compare là 18 communes dont La Rochelle à ces seules villes-centres ! Source = lien dans ma signature.

  7. A Strasbourg le vélo est incontournable, je ne sais pas pourquoi il y a encore quelques voitures qui y circulent, c’est tellement peu pratique pour eux. Les pauvres je les plains parfois lorsque je les vois tournicoter et chercher une place de stationnement, ou une rue qui ne soit pas piétonne, à sens unique (toutes autorisées dans les deux sens aux cyclistes) ou réservée au tram…!

    • On se demande ce qu’attend la ville pour réoganiser la circulation et rendre encore plus contre-productif les trajets en voiture, comme ça a été fait à Groningen. Voir lien vers une présentation filmée (15′) dans ma signature.

Laisser un commentaire