La Suisse introduit le vélo dans sa constitution

72 % La Suisse vient d’inscrire le vélo dans sa constitution, obligeant son gouvernement à intégrer les réseaux cyclables dans ses compétences directes.
Le vote a eu lieu ce dimanche 23 septembre 2018, et les résultats, mis en ligne à 16 h 17, sont oui à 72%. 

La Confédération helvétique a décidé de se donner les moyens de coordonner tous les réseaux de déplacement terrestres, à tous les niveaux territoriaux.

Votants : 37 %
oui : 72 %
non : 26%
Le oui l’emporte dans tous les états de la confédération.
(Sans les décimales et sous réserve de derniers ajustements. Les résultats ont été publiés à 16 h 17 et une conférence de presse gouvernementale les a rendu publics peu après. Forte abstention, courante en Suisse.)

 

Une votation populaire a eu lieu aujourd’hui dimanche 23 septembre 2018 pour que la mention « réseaux de voies cyclables » soit ajoutée dans la constitution helvète à celle de réseaux de chemins et sentiers pédestres. Pour être adopté, le texte devait réunir l’approbation tant de la majorité des votants citoyens que des cantons. 

Cela aura notamment pour vertu d’en assurer la préservation, puisque, selon alinéa 3, la confédération « prend ces réseaux en considération dans l’accomplissement de ses tâches; si elle doit supprimer des chemins ou sentiers pédestres ou des voies cyclables, elle les remplace. »

Son alinéa n° 2 précise cependant que la Confédération « peut soutenir et coordonner les mesures prises par les cantons et par les tiers » et non doit comme le souhaitaient les premiers initiateurs, mais ceci a, selon le gouvernement, la vertu de bien respecter les pouvoirs locaux. 

Cela permettra en tous cas de les recenser, et par là d’en assurer la promotion, et d’en fixer les principes de réalisations (ce que nous appelons sans cesse en France les « normes »). 

Comment en est-on arrivé là ?

En 2016, les associations avaient lancé une « initiative vélo » dans le même sens, sous le titre de «Pour la promotion des voies cyclables et des chemins et sentiers pédestres ».
En mars de 2018 leur pression a été jugée efficace, leur permettant de la retirer au profit de la présente initiative, qui part cette fois d’une base beaucoup plus large, notamment au parlement.
Son comité se composait en effet de parlementaires fédéraux de tous les partis, réunis en 8 comités régionaux dans lesquels on trouve les représentants des partis politiques, des organisations, des personnalités, des entreprises, 3 champions du monde, et des associations. La co-présidence nationale est assurée par 17 Conseillers nationaux.

C’est une étape nécessaire selon le gouvernement et le parlement, mais superflue et illusoire pour l’UDC (droite conservatrice).
Selon Swissinfo, « Les principaux avantages seraient la décongestion du trafic motorisé privé et la diminution de l’encombrement des transports publics, avec pour conséquence une réduction de la consommation d’énergie, des émissions polluantes et du bruit. En plus, comme la pratique du vélo est un exercice physique, cela contribuerait aussi à la promotion de la santé. »  Grandes similitudes avec le cas français, « On estime que 80% des trajets en autobus et en tram et 50% de ceux en voiture ne dépassent pas les cinq kilomètres ». 

Une première tentative dans le même sens avait été déposée en février 1974, il y a 44 ans ! Sous le nom de Initiative populaire fédérale ‘Développement des chemins et sentiers’ elle avait recueilli 77% de oui (vote le 18 février 1979), malgré l’opposition du Parlement. Le vélo n’y figurait pas, sur refus du Conseil des Etats, malgré le souhait du Conseil national. C’est pour cela qu’il  a fallu y revenir.

Le contexte suisse

Le nombre de foyers ne possédant pas de voiture est très élevé dans les villes : plus de 56% à Berne, la capitale politique, suivie par Zurich (52,8%), capitale économique, Bâle (52,1%) et Lausanne (46,3%). A Genève, le taux de foyers sans autos est de 41%.
Les déplacements domicile-travail sont pourtant encore effectués à 54 % en auto ou moto et à 31 % en TC; 9% des personnes concernées s’y rendent à pied et 7% à vélo. Cependant « d’ici à 2040, la mobilité douce devrait augmenter de 32% en Suisse » pense le rédacteur du cyber-cahier de la fédération des entreprises romandes.

« L’objectif de promotion du vélo de la politique urbaine des transports consiste non seulement à limiter l’usage des véhicules à moteur privés, mais aussi à désengorger les bus et les trams souvent bondés. Le réseau suisse de transports publics serait simplement trop bon. Malgré tout, le désencombrement des villes ne pourra se faire sans promouvoir le vélo. » indique la Revue Suisse en juin dernier.  

 

Sources et compléments : 

Organisation et résultats : Chancellerie. Le vote pouvait se faire dans des bureaux de vote ou par correspondance, ou même par internet dans certains cantons.

Lire aussi :

«LA MOBILITÉ EST TROP BON MARCHÉ EN SUISSE» Le Matin [30 août]• (signalé par Mathieu Chassignet).  «Le problème est simplement que la mobilité est trop bon marché en Suisse. Parce que les coûts pour l’environnement et la santé ne sont pas ou trop peu inclus dans le prix des billets des transports publics ou dans l’essence», lance-t-il. Du coup, «ni les employés ni les employeurs ne sont intéressés à expérimenter de nouvelles formes de travail alors que les déplacements domicile-travail coûtent si peu cher.» « «Nous nous trouvons donc devant un dilemme et je n’ai malheureusement pas de solution. »… mais nous, en France, on a des idées !

Et toutes ces belles paroles n’empêchent pas la Confédération d’envisager d’élargir ses routes pour tenir compte de l’élargissement des bagnoles, comme le rapporte 20minutes ! Elles ont pris 12 centimètres en moyenne depuis 1990, ce doit être la même chose en France. Heureusement il y a des résistances à cette demande formulée par l’Association suisse des professionnels de la route et des transports.

Au final (ajoutés le 29)

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6 thoughts on “La Suisse introduit le vélo dans sa constitution

  1. Quoi, les Suisses n’ont pas de Plan Vélo ? Les pauvres…. quant à l’élargissement des routes, pourquoi pas s’il s’accompagne de la création ou de l’élargissement d’aménagements cyclables ? :-))

  2. Bon point pour les petits Suisses, même si, « en même temps » certains souhaitent élargir les routes pour tenir compte de l’embonpoint croissant des « tutures » – embonpoint proportionnel à celui de leurs propriétaires, d’ailleurs…
    Les automobilistes sont comme les enfants gâtés : ils ne mesurent pas les « cadeaux » qui leur sont faits et en veulent toujours plus, sans arriver à la satiété !
    Mais voilà, le jour où la planète se lassera de faire des cadeaux sans gratitude ni respect en retour se rapproche…

  3. L’élargissement des routes s’accompagne déjà de la création de bandes cyclables et l’association « SuisseMobile » sera certainement vigilante!
    En tout cas la Suisse développe depuis longtemps le concept de mobilité intégrée et l’introduction du vélo dans la Constitution en est la conséquence logique. C’est ainsi qu’il y a des stationnements pour vélos à proximité de chaque gare CFF, même les plus modestes.
    Nous avons fait autrefois des enquêtes dans les pays voisins pour inventorier les bonnes pratiques. Il faudrait poursuivre et y inclure les bonnes pratiques de collectivités locales en France. Je pense à la Loire à vélo, à l’aménagement de l’espace public à Strasbourg ou à Dijon…

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