Charleroi veut miser fort sur le vélo

La voiture de Gaston

Le réseau cyclable reposera sur les anciennes voies ferrées industrielles et les bords de voies d’eau.

Charleroi est en réalité une « super-commune » ayant absorbé toutes les communes qui l’entouraient. Elle a une surface équivalente à celle de Paris, et une population 5 fois moindre. Son territoire est fortement marqué par la grande industrie et par les routes et les énormes terrains à reconquérir. L’EV31, que nous avions connue passant sous les étincelles de sa zone industrielle sur la Sambre, traverse désormais une ville en pleine modernisation. 

De la transformation des voies ferrées industrielles

Charleroi avait commencé par reconvertir sa voie ferrée de ceinture en voie verte, laquelle était rapidement devenue une voie de liaison locale et un lieu de promenade, de cueillette et de repos. Aujourd’hui ce fort témoignage de l’industrie du 19° siècle semble s’être réduit par endroits à un axe piétonnier. Il en reste cependant de beaux morceaux, notamment le RAVel1 « La houllière »  au nord – est, reliant 3 communes, et le RAVel le long de la Sambre, où passe l’EV3.

Quant à l’industrie du 20ème siècle elle fait place aux industries de pointe d’aujourd’hui, ce qui évidemment ne va pas de soi.

D’un malheur tirons le meilleur, pourrait être une injonction carolienne

L’ambition de la ville est de multiplier par 5 les km parcourus à vélo avant 2030, et donc d’atteindre environ 5% de la part du vélo dans le trafic. Cela lui paraît possible grâce aux vélos électriques qui facilitent l’usage aux plus âgés, et à tous sur de plus longues distances. 

Le diagnostic a mis en évidence de nombreuses barrières telles que réseau routier, effroyable et dont les photos du haut donnent une idée, réseau fluvial représenté par la Sambre et le canal, et grands terrains industriels. Cependant la moitié des habitants habite à moins de 5 km du coeur de la ville, où ne vit que 5% de la population mais où se trouvent toutes les fonctions économiques et municipales. Du centre de Charleroi à Marcinelle, un des districts les plus peuplés (env. 24.000 habitants), il faut à peine 11 min, avec un dénivelé positif de 39m, mais il faut une heure entre le nord et le sud et affronter des pentes importantes.

a) Pour le centre il est prévu que la politique cyclable se développe sous plusieurs axes d’ailleurs sans originalité :

Faire du Cœur de Ville un espace 100% cyclable, en réduisant fortement la présence de la circulation motorisée et, pour les rues où cela ne serait pas faisable, en y garantissant la sécurité des cyclistes ;
Développer des liaisons cyclables attractives depuis les quartiers situés à proximité du Centre
Sécuriser les franchissements des « portes », afin que ces liaisons soient connectées au Coeur de Ville.

Rocade et radiales

b) Pour l’ensemble de l’agglomération une rocade intérieure (celle des terrils évoquée plus haut étant plus à l’extérieur) et des radiales seront les parties les plus visibles du réseau de circulation, et devraient avoir un effet catalyseur sur la pratique. Elles utiliseront elle aussi d’anciennes lignes ferroviaires industrielles et de voyageurs, comme des berges de rivières et de canaux. 

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c) L’anneau cyclable (la rocade intérieure), à terminer, sera long de 24 km et situé à une distance de 1 à 3 km à vol d’oiseau du centre-ville. Il croisera chacune des branches des transports en commun, et bien sûr les radiales. J’en conclue qu’il donnera armature et cohérence à l’ensemble, tout en desservant de nombreux pôles d’activité, notamment l’Hôpital, les centres commerciaux et les infrastructures sportives. Les études sont en cours.

Efficacité plus qu’originalité

D’après les documents consultés il ne semble pas que la Ville recherche l’originalité en matière d’aménagements, elle vise plutôt et tout simplement l’efficacité. 

Les voies ferrées industrielles vont être reconverties en larges axes cyclables, qui seront centraux dans l’armature de déplacement de l’ensemble des territoires reconquis. Selon M. Lernieux, notre guide, ces pistes seront aménagées avant les routes pour autos et pourraient donc être adoptées dès la remise des clés des nouveaux habitats et lieux d’activité qui prendront la place. Ce sera également le cas, espère-t-on, pour le stade de football, qui va quitter le centre pour un lieu « excentré » anciennement industriel où tous les « débordements » seront possibles sans danger pour autrui, ni soi-même. 

Construire neuf c’est aussi l’occasion de créer de vastes garages à vélos, ai-je lu dans les documents remis. Il n’y a pas de réglementation y obligeant, mais dans la pratique les besoins en stationnement sont systématiquement intégrés dans les avis rendus sur les permis d’urbanisme. 

➡️ Tout tiendra sur la cohérence et la couverture optimale du territoire. Faire envie, faciliter, tenir compte des vrais besoins, faire en grand, installer comme évidence, me paraissent les maîtres-mots de cette aventure que je n’ai que survolée mais qui de toutes façons n’en est qu’à ses débuts.

à coté de son auto …

Nous avons été guidés par André Lernieux, un agrégé d’histoire intarissable qui connaît tout et tout le monde, qui nous a été envoyé par la Maison du Tourisme. Grâce à lui, et à Xavier Desgain, échevin à la mobilité, impossible de ne pas se passionner pour l’avenir de Charleroi, et impossible de ne pas y croire. Charleroi fait partie des 116 communes sélectionnées en 2020 pour être aidées par la région dans le cadre du programme Wallonie cyclable. Rappelons que la même Wallonie avait lancé son programme RAVel (Réseau Autonome de Voies lentes) dès les années 90. 

L’échevin à la mobilité, Xavier Desgain, explique sa politique (vidéo, 2,20)

A gauche Eric Marchandise, de CyclotransEurope, à droite Xavier Desgain, échevin à Charleroi, lors de notre départ.

Des visites à vélo du Charleroi caché et futur sont organisées 3 fois par an. Les deux prochaines ont lieu le 17 juillet et le 7 août sous la houlette de André et Béatrice Lierneux-Garny, historiens officiels de la ville. Ce sera encore plus passionnant que pendant notre visite. Renseignements ici.
Les mêmes ont également créé les Park tour à vélo, dont les deux prochaines dates sont à la rentrée.

A lire : Voyage à Charleroi, la révélation d’une ville – La richesse d’une ville tient à ses habitants, découvre le bourmestre lors de sa tournée de début de mandat, à vélo, évidemment, car c’est le moyen idéal pour ça. Le récit donne à percevoir avec lui l’extraordinaire complexité de Charleroi.

A noter qu’il existe désormais une Auberge de jeunesse toute neuve en plein centre ville, à quelques mètres de l’EV3 et quelques centaines de mètres de la gare. Son garage à vélos est au rez-de-chaussée, bien verrouillé la nuit.


Cet article se raccroche à Voies vertes : la chaussée doit être parfaite, compte-rendu de la demi-journée d’étude qui a précédé cette visite. Voir aussi les images de la randonnée qui a suivi sur le blog de Dominique Delcroix.

  1. EV3 : Euroveloroute n°3. Elle va de Trondheim à Saint-Jacques de Compostelle et la réalisation de son trajet en France a été initiée par l’association CyclotransEurope.
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