Les cyclo-logisticiens créent leur fédération professionnelle

La logistique à vélo s’organise et devient un élément incontournable du paysage commercial et industriel de notre pays. La présentation de sa fédération vient d’avoir lieu, avant sa vraie naissance qui est attendue pour la fin de l’année. Les enjeux sont nombreux… 

Après avoir été une amicale autour1 de Francisco Luciano2, la nouvelle fédération professionnelle de la cyclologistique a germé à Nantes en début d’année3; elle a ensuite fait ses états généraux, en mai dernier, et a été présentée à Paris ce 9 novembre 2022. C’est l’académie du climat, un organisme municipal parisien, qui accueillait cette matinée de débats. 

Ce fut assez rude, vous pensez bien, car les petits vélos n’ont pas été spontanément pris au sérieux par les fédérations puissantes que sont l’Union des Entreprises du Transport et de la Logistique de France (TLF), l’Organisation des Transporteurs Routiers Européens (OTRE) ou la Fédération Nationale des Transports Routiers (FNTR) … tous représentés ce matin par leur plus haut responsable.
Les cyclo-logisticiens ont été bien sermonnés : fini le militantisme, place au professionnalisme, à la taille critique, au respect du droit du travail, et à la formation … car la logistique c’est du sérieux. Evidemment, Zones à faible émission aidant, impossible pour les anciens de ne pas tenir compte de ces spécialistes du dernier kilomètre. Mais ils préviennent, pas d’opposition entre camions et vélo, et pas d’auto-entrepreneurs militants ! D’accord vous êtes maintenant un maillon indispensable, mais le corolaire c’est « la fin de l’amateurisme ». 

L’invitation

De professionnalisme en tous cas ils ont su faire preuve, à voir la qualité de leurs invités, de Anne-Marie Idrac, ancienne ministre, présidente de la fédération France logistique à Clément Beaune, le ministre des Transports,  en passant par le représentant de l’ADEME, le président de la Fub, l’adjoint aux transports de la Ville de Paris, le président de l’APIC, etc.

L’architecture se présente donc ainsi : 

  • France Logistique, se présentant comme porte-parole auprès du Gouvernement. Un prochain comité interministériel de la logistique devrait donner à ce « dernier maillon » une existence institutionnelle indispensable. 
  • Deux fédérations :
    Les Boîtes à vélo
    , toutes entreprises utilisant le vélo dans leur activité
    La Fub, tous utilisateurs du vélo
  • La Fédération professionnelle de la cyclologistique, pouvant intégrer les logisticiens comme leur éco-système, constructeurs ou mécaniciens. Elle adhère aux Boîtes à vélo comme à la Fub. Dans la nouvelle fédération on trouvera des entreprises usant exclusivement du vélo comme d’autres qui ont également des véhicules plus gros. Certaines entreprises de transport de marchandises par camions n’hésiteront d’ailleurs pas à racheter une petite boîte bien structurée de cyclologistique, a-t-on dit avec gourmandise, c’est la vraie vie économique. 

Olivier Schneider, président de la Fub, se réjouit que l’on change d’échelle. Désormais on peut clairement affirmer qu’à vélo « c’est possible », et les freins qui pèsent sur le transport lourd sont un évènement historique à saisir pour développer le vélo. 

Une partie du public bien avant l’ouverture

Ce n’est qu’un début, car les chantiers sont énormes :

  • Réglementaire : ne faudrait-il pas distinguer vélo cargo léger (ou « familial ») et lourd ? Seuls alors les premiers seraient assimilés à des vélos, les autres, lourds et larges, seraient interdits de pistes cyclables. On insiste à ce sujet sur le fait que le transport de marchandises relève d’une profession réglementée (il faut des permis spéciaux).
  • La certification des véhicules (une sorte de contrôle technique avant mise sur la route), dont le coût n’est abordable que si la production est importante.
  • La solidité du matériel, qui est très sollicité, et donc la question de construction et de l’entretien. Il y aurait une cinquantaine de professionnels en France, aucun n’aurait la taille critique.
  • Les assurances, car les assureurs n’ont pas encore bien établi leur doctrine dans ce domaine.
  • La formation, bien sûr. Rouler avec 300 kilos de charge ne s’improvise pas … et semble impossible au milieu des trottinettes ! Et puis la logistique c’est un métier.
  • Les difficultés de recrutement, sans doute pour des questions d’image, alors que ces métiers sont une chance à saisir pour les décrocheurs.
  • Le foncier, car il faut que les bases arrières soient très proches des clients, lesquels sont en centre-ville, en centres commerciaux, en centre-villes de banlieues … et donc aussi la question de la multimodalité. Les camions déchargent ce que les vélos emporteront. 
  • Les infrastructures en général, car un vélo cargo coincé dans un embouteillage, de vélos comme d’autos, perd une grande partie de sa valeur ajoutée. Il faut aussi que le personnel puisse se rendre aux dépôts ! 
  • La sécurité au travail et la qualité de celui-ci, le respect des règles de la profession, la fidélisation des salariés … A se demander si la profession n’est pas en train de charger la barque ! 

Pour les cyclo-logisticiens, au bout du compte, reste l’exigence de cohérence. Car livrer en vélocargo quelque chose qui arrive par avion et a déjà fait 3 fois le tour de la terre … cela pose tout de même question. Pour eux, sur leurs entreprises repose l’exigence d’exemplarité sociale et écologique. 

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50 % des livraisons et déménagements en ville pourraient être faits à vélocargo. La cyclologistique apparaît comme une brique majeure de la logistique, surtout là où les exigences de décarbonation se font impérieuses, par la règle (zones à faible émission) ou par … la pénurie de carburants. Encore faudra-t-il que la population sache ce qu’elle veut. Pas de camions dans ma rue mais ma nouvelle télé livrée ce soir depuis son entrepôt à 1000 km ? 

La nouvelle fédération doit encore se mettre en ordre de marche, et annonce qu’elle ouvrira les adhésions en janvier prochain. Son comité directeur sera élu dans la foulée, et les résultats de son premier Observatoire de la logistique en France devraient être rendus publics à la veille de l’été. 

 
Précisions et compléments 

  1. amicale informelle sous l’impulsion de plutôt que  « amicale autour de », me dit la représentante des Boîtes à vélo, souhaitant que je modifie. A chacun son appréciation !
  2. Quelle place pour les « vélos » dans la logistique urbaine ? présentation de Francisco Luciano, octobre 2018.
  3. Pas à Nantes, et à l’initiative de 4 sociétés de cyclologistique (Toutenvélo, Fends la bise, Cargonautes (ex Olvo) et Applicolis) me demande-t-on de préciser. Pourtant sur le site des Boîtes à vélo on trouve ceci : Congrès des Boîtes à Vélo (18 et 19 février 2022 à Nantes).
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1 réflexion au sujet de « Les cyclo-logisticiens créent leur fédération professionnelle »

  1. Merci pour ce compte-rendu d’une matinée dense que l’acoustique difficile de la grande salle des fêtes de l’ancienne mairie du 4ème rendait difficile à suivre. Des personnes de cultures complètement différentes (presque opposées) ont compris qu’elles doivent apprendre à travailler ensemble et ont débattu courtoisement mais fermement, ne se cachant pas les problèmes à résoudre ensemble, ce qui peut rendre optimiste sur l’avenir de ce domaine essentiel de l’évolution souhaitable du fonctionnement des villes

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