Exemplarité et promesses, le Gouvernement ne montre pas le bon exemple

Comment croire aux décisions que l’on doit prendre si on n’est même pas capable de se les appliquer à soi-même? Les mauvais comportements sont enracinés, les mauvaises habitudes reviennent vite. Quelques exemples de l’année qui sont plutôt désespérants.

La population observe

A l’heure du sommet pour le Climat de l’ONU, le 23 septembre en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, le face à face de la jeunesse et des adultes au pouvoir est en train de passer de fossé à faille1. Il n’est peut-être pas mauvais de rappeler que plus on est grand plus on est vu et qu’il est difficile de croire à la validité d’une décision si on ne l’a soi-même testée. Comment vanter les mérites de l’abandon de l’auto si on ne se rend jamais compte que c’est formidable d’aller à vélo ? 

Les manquements de nos élites ne sont peut-être rien au regard des grandes décisions qu’elles ne prennent pas. Elles n’en sont pas moins des fautes. Leur exemplarité les aiderait à opérer les ruptures que nous espérons2. Leur mauvais exemple n’insiste personne à faire autrement.

Les mauvais comportements trop visibles

  • En plein pic de pollution et de limitation de vitesse liée à ce pic, une secrétaire d’État à l’Écologie était prise à rouler à 150 km/h sur une route limitée à 110. Ouest-France, 21 février. L’exemplarité n’est-elle pas une banalisation utile, et tester par soi-même une prudence ?
  • En pleine grève de la RATP et à la veille du sommet mondial sur le climat, la porte-parole du gouvernement déclare qu’elle utilisera sa «voiture de fonction, comme tous les jours». Le Figaro, 12 septembre.
French Government’s spokesperson Sibeth Ndiaye looks on as she leaves the Elysee presidential palace after the government’s weekly cabinet meeting on September 4, 2019 in Paris. (Photo by LUDOVIC MARIN / AFP)
  • En octobre dernier le ministre de l’Environnement pose avec une visible jubilation au volant d’une automobile. Qu’elle soit électrique ne change pas grand’chose à l’affaire sur cette photo.
French Minister for the Ecological and Inclusive Transition Francois de Rugy poses onboard a Renault Zoe Electric car on display at an electric car test drive center set in the Place de la Concorde square in central Paris on the sidelines of the Paris Motor Show on October 4, 2018. (Photo by ERIC PIERMONT / AFP)

Quelques personnalités, au contraire, sont des exemples vivants

Notez d’ailleurs que certaines autorités sont bien différentes. Le maire du Havre aime sa petite reine. Ouest-France, 24 juillet. Jean-Baptiste Gastinne, maire du Havre, président de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole et vice-président en charge des transports à la Région Normandie, ne circule en ville qu’à vélo. Il enfourche le même depuis trente-sept ans. Le même récit a été fait de nombreuses fois pour le maire de Grenoble. Et nous savons bien que « rouler à vélo » n’est pas toujours lié à action pour le vélo, mais au moins l’exemple est là.

Jean-Baptiste Gastinne, maire du Havre

Des décisions très insuffisantes

  • Le 22 février un pic de pollution aux particules fines se trouve sur l’Ile-de-France. Le préfet « diminue » les vitesses autorisées. L’adjoint aux transports à Paris est furieux et demande au moins la circulation différenciée selon la vignette et une action coordonnée à l’échelle de la région. Pic de pollution : « des mesurettes qui ne sont pas à la hauteur », s’alarme la mairie de Paris. France-info, 22 février.
  • Le 21 février, les 95 métropoles du C40 s’accordent sur des actions concrètes. Est mise en avant la création d’une plateforme internationale d’accompagnement juridique qui sera à la disposition des maires qui veulent engager des actions de justice climatique et notamment des recours contre les États qui ne respectent pas l’Accord de Paris. Pour le décider et l’annoncer ils s’étaient réunis à Paris. Venus comment ? Pour tout déplacement la première chose à faire est d’en mesurer l’utilité puis d’en choisir le moyen le plus approprié … globalement, pas que pour son portefeuille.
  • Paris, Plaine-commune et d’autres avaient inscrit au programme la création d’un réseau de pistes cyclables « reliant les principaux sites olympiques ». Aujourd’hui les yeux se détournent lorsque j’en évoque l’opportunité. Annonce gratuite ou honte de n’avoir pas fait ?

Des actions contre-productives

  • En juillet la Sécurité routière (ceux qui imposent le casque aux enfants sans aucune preuve de son utilité) vole une vidéo au cerema (centre de recherche du ministère, situé à Lyon) et la met en ligne sur twitter. La préfecture de police prétend qu’il s’agit d’alerter les cyclistes qu’ils ont à se méfier des angles morts. En réalité cette vidéo était destinée aux conducteurs de poids-lourds pour leur dire quoi ne pas faire (queue de poisson etc), et la police comprend : cyclistes faites attention ! C’est Lyon-capitale qui l’a révélé le 23 juillet. Le commentaire de mon correspondant reflète une pensée répandue : « C’est une preuve de plus que préfectures et police nationale ne sont pas au niveau et sont des ennemis plutôt que des alliés. Beaucoup d’entre nous les évitent et s’en méfient. Pour les cyclistes ils sont plus dangereux qu’utiles. » 
    Garder en l’état une direction ministérielle qui oeuvre si souvent contre les cyclistes, alors qu’elle devrait veiller à leur sécurité pour leur augmentation… est-ce bien raisonnable?
  • D’ailleurs on a appris ces jours-ci que certaines actions de formation au vélo dans le cadre scolaire consistaient surtout à dresser les enfants à porter un casque et à se méfier des « dangers de la route »4. Façon bien peu propice à l’adoption du vélo comme compagnon quotidien ! 
  • L’avion est une affaire compliquée, n’empêche que tenir un salon de l’aéronautique n’est pas la meilleure idée. Quand cela est lié à la construction d’une route, ça gêne encore plus. Dans le doute, s’interroger sur l’utilité du déplacement, ne céder que si vraiment on ne peut pas y aller en train (je ne parle pas du sommet à New-York mais du festival de Cannes). Voir l’article Les faramineuses dépenses de l’État pour soutenir l’avion dans Reporterre. 9 septembre 2012.

Et pourtant quand on veut on sait faire

Lorsqu’on a voulu limiter la consommation du tabac en France on a mis des phrases alarmistes sur tous les paquets, on a interdit la publicité et augmenté les prix, et on a interdit de fumer en public ou à la télévision. C’est l’exemplarité, car le public s’identifie aux personnes proposées à son admiration.

De l’impuissance et de l’aveuglement vient la paralysie. Dans l’ordre que vous voulez, n’empêche que si le vélo était le premier mode de déplacement la situation serait beaucoup moins grave. Elle montre aussi à quel point la moindre faiblesse, le plus petit oubli, le plus léger laisser-aller, fait tout capoter. C’est le résultat d’une société très parcellisée et où tout dépend de tout. C’est très embêtant quand on veut réformer, et même tout changer. Et pourtant, il le faut. Ne rien laisser passer, tout mesurer à l’aune des effets globaux. Mes exemples vous paraissent sans doute dérisoires, et vous avez bien raison. Ils ne suffiront pas à inverser la tendance, nous en sommes bien d’accord. Mais pour une part ils empêchent de prendre les décisions et n’aident pas à les faire accepter.

Compléments

  1.  A l’ONU, l’appel de Greta Thunberg sur le climat rencontre peu d’écho. TV5monde, 24 septembre.
  2.  Sommet climat : les engagements très décevants des Etats. Les Echos, 24 septembre.
  3. Lire mon article De COP21 que vais-je retenir ? qui est lui aussi très édifiant… Le coup du téléphone de S. Royal est évoqué tout à la fin sous le titre Mais attention : ne faites que ce que je dis … 
  4.  Du port du casque aux obstacles : dès l’école, les élèves apprennent à « bien rouler à vélo ». France-inter, 22 septembre.
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3 réflexions au sujet de “Exemplarité et promesses, le Gouvernement ne montre pas le bon exemple”

  1. L’inSécurité routière ne s’intéresse ni aux vélos ni aux piétons en ville, car ce n’est pas là que se trouve le « gisement » de morts à éviter. J’ai cessé d’avoir confiance en cet organisme lorsque le port du casque a été rendu obligatoire à vélo pour les enfants de moins de 12 ans car le discours était indigne d’un organisme régalien.
    Rouler à vélo est intrinsèquement peu dangereux, mais peut davantage exposer aux dangers de la circulation qu’à pied ou dans les transports en commun. Les chutes sur la tête ne se produisent qu’en cas de collision grave ou d’accident de freinage – et dans le second cas un casque bien porté évite effectivement des ennuis.
    Au final, ce qui est dangereux, ou plutôt délicat, c’est la vitesse, et ce quelque soit le mode de transport : on se fait beaucoup plus mal en trébuchant en pleine course à 20 km/h qu’en marchant tranquillement à 5 km/h.

  2. Et que dire de la loi LAURE, délibérément ignorée par des collectivités territoriales car trop peu contraignante ? de l’indemnité kilométrique vélo dont aucun bilan n’a été fait avant son remplacement par le forfait mobilité ?
    Je n’attends pas plus de la LOM. Ça tombe bien, dans 1,5ans ce sera la retraite et je ne roulerai plus que pour mon seul plaisir.

  3. D’accord, se mettre au vélo, même à grande échelle, ne résoudrait pas les problèmes environnementaux. Mais ne négligeons pas la prise de conscience que cette mise en selle provoquerait : quand vous pédalez dans le trafic, vous constatez physiquement la nuisance considérable que constituent les véhicules motorisés, vous respirez les gaz d’échappement en direct, vous observez l’encombrement déraisonnable lié à ces pratiques.
    Et c’est bien à pied ou à vélo qu’on peut jouir de la nature ou de ce qu’il en reste.

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