Après le décès de Keizo et la parution ici-même des témoignages de Jacques Seray et Angel Giner j’ai reçu quelques mots en remerciement ou en complément. En voici deux.
Serge Laget :
Je ne savais pas qu’il avait perdu son fils, et du coup je comprends mieux cette part de douleur pudique qu’il portait en lui… Dieu le garde, c’était une belle personne, qui a rendu un service considérable à la saga de la vélocipédie, en lui donnant un deuxième souffle providentiel, joyeux et jubilatoire…
Gabriel Guenassia :
Keizo passait très souvent chez moi à midi avant d’aller chercher ses clients japonais à l’aéroport de Roissy. Ce fut une belle rencontre dans le cadre de la commission culturelle de la FFCT.
Enfin, le professeur Jouenne me signala qu’il avait publié un article sur Keizo.
Alors que Keizo était déjà malade Noël Jouenne, dans le cadre de ses recherches sur les pratiques du vélo, m’avait demandé ses coordonnées. Il s’en suivi de nombreux entretiens téléphoniques et par courriel , ainsi que deux visio-conférences, dont le caractère personnel ne m’avait pas échappé. Je ne sais donc rien de ces entretiens, sauf ce que M. Jouenne m’en avait dit, à savoir que Keizo s’y confiait comme jamais il n’avait su le faire. A un moment M. Jouenne comprit que Keizo était en train de lui demander de raconter sa vie. C’est ce que nous trouvons dans l’article, et d’abord la façon dont Keizo fit cette demande. Voici un faible aperçu de l’article, avant que vous vous décidiez à le lire en entier.
Keizo Kobayashi – Histoire singulière d’un Japonais amoureux de la bicyclette
Publié en janvier 2026, 8 pages
HAL open science,⟨halshs-05453971⟩
On ne peut qu’éprouver un grand respect pour cet homme, son humilité, sa trajectoire et l’incompréhension de sa famille. Sa vie a été traversée par de nombreux échecs et c’est de mon point de vue tout l’intérêt du personnage, dans sa complexité et ses contradictions. Keizo a vécu une grande tragédie avec la mort de son fils, et ce silence qui s’est vraisemblablement installé dans son entourage mérite d’être rompu. Voilà son histoire, autant qu’il m’a été donné d’en saisir la trame.
Keizo arrive à Paris à l’âge de 25 ans, quittant une famille marquée par la pauvreté. Il a travaillé très tôt et dû se débrouiller seul. Cette absence d’éducation a beaucoup pesé sur Keizo, « ce qui le rend, selon lui, égoïste, notamment dans les rapports sociaux ». Il finit par étudier pour être instituteur, puis entreprend, pendant les vacances, son voyage initiatique à bicyclette, le tour du Japon. Il y découvrit la lenteur, la poésie des paysages, la joie de vivre, et ne s’intéresse pas à la bicyclette mais à ce qu’elle permet de faire. Il décide alors d’abandonner ses études et de faire le tour du monde à vélo mais la Chine maoïste lui refuse tout visa. Voilà pourquoi il se tourna vers l’Europe, et arriva à Paris en 1974. Tout cela, que nous ignorions tous, nous est raconté plus en détails dans l’article.
Vous saurez de quels expédients il a vécu, pourquoi il finit par se marier et comment fonctionnait leur couple. Keizo était un fanatique d’archives, la rédaction de sa thèse aura duré 10 ans. Parallèlement il travaille pour le Bicycle Culture Center (Tokyo), comme vous le savez, et couvre notamment le tour de France… s’y comportant comme un ethnologue et dévoilant les ombres du spectacle. Serge Laget s’en souvient très bien. Travailleur précaire, Keizo ne cotisa pour sa retraite qu’à partir de ses 60 ans.
Dans la suite on apprend que Henri Bosc lui avait proposé de rééditer son travail à l’occasion des 100 ans de la FFCT, un autre éditeur était aussi intéressé, mais rien ne se fit. M. Jouenne ne nous en donne pas les raisons, si ce n’est qu’il y aurait eu un gros travail de mise à jour à effectuer.
Note : Moi-même, dans les années 80, j’avais dit à Keizo que ce serait bien de rédiger de façon plus narrative son ouvrage, afin qu’il puisse être lu par un public non-spécialiste. Puisque sa maitrise de la langue écrite était trop faible pour qu’il le fasse lui-même je lui avais proposé de m’y atteler. Je pris son refus pour de la fierté. Publié ou pas, cela aurait été une bonne base pour la publication des 100 ans.
Keizo Kobayashi n’a jamais été célèbre. Il n’a pas voulu l’être. Mais il a pédalé l’histoire, et laissé derrière lui des sillons profonds. Il a montré qu’un objet aussi banal qu’un vélo pouvait raconter une civilisation entière, et qu’il n’était jamais trop tard pour vivre comme on croit.
Je vous laisse lire le texte entier, ou au moins son résumé. Vous les trouverez en cliquant sur le lien vers l’article :
https://shs.hal.science/halshs-05453971v1
De là, dans « Fichier principal » vous pourrez télécharger l’article en pdf.

De gauche à droite : Roland Sauvaget, Jean-Pierre Baud, Gabriel Guenassia, Henri Bosc, Keizo Kobayashi, Jean-Marie Grillet, Paul Fabre, Raymond Henry. Photo publiée dans le livre Dans la roue de l’apôtre du 650.
Sur les publications de Noël Jouenne concernant le vélo :
▶️ Notes sur le vélo et la bicyclette
▶️ La simplicité apparente du vélo face aux enjeux de société




